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Le jeu des ombres : "la fête dans le désespoir" de Valère Novarina et Jean Bellorini

  • Écrit par Xavier Paquet

ombresPar Xavier Paquet - Lagrandeparade.com/ Ironie du sort, la lumière joue un rôle prépondérant dans la mise en scène de la nouvelle création de Jean Bellorini « le Jeu des ombres ». Elément central de la scénographie, elle met en évidence les mondes qu’elle explorent, les tourments des personnages qu’elle transportent entre Vie et Mort, entre la Terre d’en haut et les bas fonds de l’enfer.

Librement inspirée du mythe d’Orphée, la pièce réecrit les retrouvailles entre Orphée et son épouse Eurydice qui vient de décéder. Brisé par la mort tragique de sa belle, Ophée décide d’aller la rejoindre aux royaume des morts mais leurs retrouvailles ne seront pas éternelles : se retournant vers Eurydice, Orphée rompt le pacte et perd sa bien aimée à jamais.

Amour et mort s’entremêlent dans tout le spectacle dans un langage alternant poésie et quotidienneté, envolées lyriques et cruauté de langage, pensées philosophiques et répliques décalées. L’ensemble est dense, fourni, parfois drôle avec une absurdité du propos, des mots mâchés, retournés, comme si le langage s’éclairait de vie et de mort et se régénérait en permanence.

Prolixe dans son dynamisme effrené et ses longueurs ou saccadé dans sa sagesse et ses fulgurances, il rythme la pièce et le temps qui s’égrène dans ces mondes. Disons-le tout de suite, l’exercice littéraire est brillant mais pas si facile d’accès : il séduira les lettrés et familiers de l’auteur et de son phrasé mais rendra l’histoire complexe et difficile à suivre pour le grand public.

Est-ce grave ? Au final non car on reste embarqué dans notre imaginaire par la beauté et l’esthétisme de la mise en scène. Le plateau, quasi nu au départ et délimité par des rangées d’ampoules et de rideaux rouges symbolisant l’enfer, se construit et déconstruit au fur et à mesure avec l’apparition de pianos ouverts, vides et éclairés,  à l’intérieur desquels les personnages viennent jouer et narrer.

Symbole mélodieux de l’amour et de la mort, la musique entrelace leurs frontières avec la présence de musiciens et de chanteurs sur scène apportant douceur et puissance scénique par l’interprétation (entre autres) de L’Orfeo de Montverdi.

Les comédiens réalisent une performance en faisant vivre ces deux mondes entre poésie et énergie, entre le plateau et les bas fonds de l’enfer, entre vivants et morts ; ils se chamaillent, s’invectivent, vivent et se questionnent. Il y a de la fougue, de l’organique, des corps qui dansent la vie et bravent la mort.

Jean Bellorini mélange les genres entre baroque, lyrisme de l’opéra mais aussi des codes de cabaret et de music hall agrémentés de touches de burlesque et de cirque comme cette magnifique diagonale enflammée qui crée un univers féerique :  "c’est la fête dans le désespoir" pour le metteur en scène.

 « Tant qu’on n’a pas fini d’énumérer ce qui fait la vie, on n’est pas mort » voulait l’auteur Valère Novarina : la pièce tourbillonne entre légèreté et gravité.
« Le Jeu des ombres » explore la complexité et la confusion de nos pensées, de notre langage qui en découle et s’interroge sur l’amour fou rendu impossible, sur le deuil et le sens de la vie. Entre ombre et lumière.

Le jeu des ombres
Texte : Valère Novarina
Mise en scène : Jean Bellorini
Avec : Anthony Caillet (euphonium), François Deblock, Mathieu Delmonté, Pauline Duthoit (trompette), Karyll Elgrichi, Anke Engelsmann, Aliénor Feix (chant), Clément Griffault (piano), Jacques Hadjaje, Barbara Le Liepvre (violoncelle), Clara Mayer, Liza Alegria Ndikita, Louise Ognois (trombone), Hélène Patarot, Marc Plas, Benoît Prisset (percussions), Nicolas Vazquez (trombone), Ulrich Verdoni

Crédit-photo : Christophe Raynaud de Lage

Dates et lieux des représentations :
- Du dim. 23/01/22 au dim. 30/01/22 au Théâtre National Populaire (TNP) - Villeurbanne - Tel. +33 (0)4 78 03 30 00
- Du jeu. 10/02/22 au sam. 12/02/22 à La Comédie de Clermont-Ferrand - Tel. +33 (0)4 43 55 43 43

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