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Bandi : sept nouvelles pour dénoncer une dictature implacable et liberticide

  • Écrit par Félix Brun

BandiPar Félix Brun - Lagrandeparade.fr/ « Je vis en Corée du Nord depuis cinquante ans, comme une machine parlante, comme un homme attelé à un joug. J’ai écrit ces histoires, poussé non par le talent, mais par l’indignation, et je ne me suis pas servi d’une plume et d’encre, mais de mes os et de mes larmes de sang. » C’est dans le prologue de son livre que l’énigmatique Bandi (luciole) situe « La Dénonciation », un ouvrage qui fait date, puisqu’il est le premier à avoir traversé le rideau d’acier et de plomb dressé par la "dynastie démocratique autoproclamée" de Pyongyand. Ces sept nouvelles ont été écrites au cours des années quatre vingt-dix : chacun de ces récits montre une facette de l’implacable dictature qui abuse d’une répression et d’une propagande aux accents grossiers, ridicules et liberticides.

Ainsi les rêves et idéaux de ce militant qui a tout sacrifié pour sa nation, la libération et la reconstruction de son pays, deviennent illusion, utopie et désespoir du système communiste « généreux » et avide de décorations (« L’orme-trésor »). Dans « La ville des spectres », une famille est condamnée à l’exil à la campagne parce que la police secrète a découvert que le jeune fils de deux ans, a la phobie des portraits de Karl Marx et Kim-il-sung : ils "ont failli dans l’éducation de leur enfant.[…] Ils sont donc coupables d’avoir entravé le projet d’instauration de l’idéologie unique de notre Parti."
« Si près si loin » raconte les mésaventures d’un jeune père de famille à qui l’on refuse un laisser-passer pour rejoindre la province voisine où sa mère est mourante. Dès lors, « La fuite » n’est-elle pas la seule issue pour ces familles fichées et numérotées, dont l’un des membres a été banni du Parti ; et « La scène » est-elle l’image d’une simulation collective et massive, ou d’une douleur profonde d’un peuple pleurant la mort du « Grand Leader » ?
Avec une ironie farouche et un humour très grinçant, Bandi dénonce le totalitarisme, la société de castes, l’absurde et la corruption du système du parti unique : "Tu crois vraiment que, dans notre société, un individu peut réussir sa vie sans avoir été guidé par le Parti ? Dans cette Corée du Nord où "parfois , les sanglots eux aussi étaient considérés comme une rébellion et pouvaient vous valoir la mort", Bandi est une véritable espérance. L’historien Pierre Rigoulot en épilogue de « La Dénonciation » l’affirme : "Le régime détruit les vies, anéantit l’espoir, gâche le présent et l’avenir, mais il échoue à effacer les sentiments humains. La tête résiste. Bandi en est la preuve. Le cœur aussi."
La première publication en 2014 de cet ouvrage n’a pas recueilli en Corée du Sud le succès qu’on pouvait imaginer, soulevant même controverses et polémiques. Gageons que la publication des Editions Philippe Picquier remporte un engouement mérité pour ce témoignage, cette résistance et ce combat contre le dangereux régime et la folie de Kim Jong-un.

La Dénonciation
Auteur : Bandi
Edition : Philippe Picquier
Traduction : traduit du coréen (Corée du Nord) par Lim Yeong-hee et Mélanie Basnel.


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