Théâtre : Un Terrier ou la quête des racines de l’amour
- Écrit par : Christian Kazandjian
Par Christian Kazandjian - Lagrandeparade.com/ Un Terrier. Les recherches d’une femme née sous X sur l’identité, la famille et la liberté.
Comment écrire (raconter) une histoire ? Par où la commencer ? Possédera-t-elle une fin ? Autant de questions que se pose, et posent au public Anne Leterrier, auteure et interprète, seule en scène et en salle, de Un terrier. L’histoire commence, au milieu de spectateurs qui en deviennent les témoins et les protagonistes. Anne, née sous X d’une mère adolescente, a été adoptée, élevée, aimée, « au premier regard » par un couple : ils seront dorénavant sa mère, son père. Elle avait alors trois mois. Elle entreprend donc des recherches sur les neuf mois intra-utérins et ce premier trimestre de vie, sur la genèse de son identité. Une lettre de sa mère biologique retrouvée, alors qu’elle est adulte, dans un dossier administratif déclenche chez Anne, puis sur sa mère biologique Kadija le besoin d’une rencontre, d’un rapprochement. Anne, soutenue par celle qui est sa « maman », retrouve cette « mère » qui lui a donné la vie. Se pose, pour la jeune femme, la question de comprendre ce qu’est la famille, ce que signifie « faire famille » : laquelle privilégier celle, toxique, minée par les secrets où fut élevée et rejetée Kadija ou celle, aimante, sereine, qui l’a accueillie bébé. Quelle fable faut-il inventer lorsqu’on est interrogé, notamment dans les cours d’école, sur ses origines ? Quel choix opérer entre le lien du sang et celui de l’amour ? Faudrait-il avoir à se prononcer sur ce dilemme ? Renoncer à ses racines plutôt que de s’en enrichir ?
Confidence
Seule en scène, jouant tous les personnages de cette (en)quête sur les origines, sans jamais forcer le trait, sachant balancer entre émotion forte et humour, elle invite le spectateur, mis à contribution, à son insu, dès avant l’ouverture du spectacle, et l’intègre dans l’histoire. Les mots, d’où ne sont pas exclus la crudité, expriment une intimité, qui, loin d’être importune, jettent la lumière sur une histoire qui, de personnelle, en devient collective. Anne Leterrier –voix superbe chez cette musicienne multi-instrumentiste, lorsqu’elle entonne des airs du Maghreb-, tisse le lien de la confidence qu’on fait à un ami, avec le spectateur, le convie à habiter son récit. Le décor dépuré : deux chaises, un pupitre, une théière d’où jaillira un thé à la menthe offert au public, une simple boîte en carton contenant toute une vie passée : les trois premiers mois d’un bébé n’ayant d’autre identité que le triple prénom : Anne-Caroline-Laurence, dans son cas, qu’on donne aux enfants nés sous X, renforce l’intimité, la chaleur d’un récit de vie qui touche profondément. Un spectacle empreint d’empathie, de tendresse, d’émotion, de douleur latente, d’humour, mais d’une franche lucidité sur les rapports, complexes, tendus ou apaisés, entre les êtres, étrangers ou parents parfois. Etrangers et parents. Une rencontre, une complicité plus qu’une pièce, où résonnent les mots propres à l’amour, la tolérance. Une rencontre utile, empreinte d’une profonde humanité.
Un Terrier
Texte, création musicale et jeu : Anne Leterrier
Mise en scène : Anne Leterrier et Diane Vaicle
Dates et lieux des représentations:
- Les 8, 14, 15, 21,22, 28 et 29 avril 2026 au Théâtre de la Reine Blanche, Paris 18e (01.40.05.06.96.),






