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Les jardins du temps : ambitieux, exigeant, profond, superbement écrit

  • Écrit par : Sylvie Gagnère

jardins du tempsPar Sylvie Gagnère - Lagrandeparade.com/ Les jardins du temps commencent au Japon, à la fin du 16e siècle. Les troupes d’Oda Nobunaga envahissent le temple du Dieu-dragon, sur le mont Hei. Les guerriers veulent s’emparer d’une précieuse relique aux pouvoirs incommensurables. Tandis que la force brute des hommes menace l’équilibre, les femmes tentent de le préserver, mais la relique est brisée.

De nos jours, deux scientifiques spécialistes du temps sont convoqués au cimetière de Mikageyama. Ils y découvrent une tête tranchée, qui semble dater du Japon féodal. Mais elle donne des signes de vie... Les relevés aux alentours montrent qu’à cet endroit le temps s’écoule très lentement. Cette perturbation en annonce d’autres, bien plus dangereuses.

Le roman nous fait voyager à travers les âges, du Japon moyenâgeux au futur. Les personnages, et en particulier les femmes, sont liés entre elles, grâce aux cercles qui composent le temps. Car ici, il n’est pas linéaire, mais circulaire, emboîtant les époques les unes dans les autres. Une simple modification sur l’une des boucles a des conséquences terribles sur ses voisins. L’autrice nous entraîne d’un cercle à l’autre, usant pour cela de genres littéraires variés : médiéval-fantastique, policier, thriller scientifique, post-apo et utopie. Elle prend plaisir à nous surprendre et à casser les codes.

Les jardins du temps n’est pas un roman qui se laisse définir facilement, pas plus qu’il ne se laisse lire aisément. Non que la lecture soit difficile en elle-même, mais elle nous amène à sortir de notre confort occidental, de notre vision très linéaire du temps. Elle nous demande d’accepter ce rythme différent, une façon d’appréhender le temps qui nous est étrangère. Ici, nous suivons des ondes concentriques, qui partent d’un centre et se dilatent en formant les Cercles, des cercles liés entre eux. Lorsqu’une déchirure apparaît, elle laisse passer des fragments qui surgissent dans un temps qui n’est pas le leur, en semant la confusion et le chaos. Les protagonistes de cette histoire – essentiellement des femmes d’Orient – vont tenter de restaurer l’équilibre. La structure du récit épouse cette perception du temps, nous promenant entre Japon médiéval, 21e siècle imaginaire et Edo de demain ou d’après-demain, en une trame cyclique où l’on se perd et se retrouve. Le passé, le présent, le futur dialoguent et semblent être les différentes facettes d’un même Jardin.

Posée cette manière d’envisager le temps, Émilie Querbalec aborde bien d’autres sujets : le choc entre innovations technologiques et traditions spirituelles, la tension entre rationalité et croyances. Elle rend ainsi hommage aux femmes chamanes, dont les connaissances sont nécessaires pour construire un avenir harmonieux. Elle rend compte des conflits – internes et externes – qui font s’affronter cultures autochtones et cités industrieuses. Elle questionne la course en avant de nos sociétés modernes, qui exploitent et soumettent à leur volonté nature et humains. Elle rappelle que les savoirs anciens résistent à un système qui veut tout standardiser. La perception du monde et du temps qu’elle nous propose est une vision écologique, une vision qui respecte l’équilibre.

L’écriture est magnifique, les mots construisent de véritables peintures des paysages et des sentiments, peintures où le lecteur se plaît à s’attarder. Son style, subtil et poétique, nous fait voyager pour peu que nous acceptions de nous laisser guider dans ces bonds temporels qui peuvent désarçonner. La lecture est belle, elle est parfois exigeante, mais elle nous emmène loin, avec beaucoup de bonheur et de plaisir, jusqu’à une jolie fin.

Les jardins du temps 
Autrice : Émilie Querbalec
Éditions : Albin Michel Imaginaire
Parution : 1er avril 2026
Prix : 21,90 €

 


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