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Plus doux que la solitude : « On ne peut éviter d’avoir une histoire »

  • Écrit par Félix Brun

Plus doux que la solitudePar Félix Brun - Lagrandeparade.fr/ Quitter un pays où "la vie, déjà hors du temps, ne vieillissait plus", c’est l’objectif que se sont fixés plusieurs jeunes chinois, marqués par la désillusion de l’après Tian’anmen et la résignation de leurs parents devant un régime chinois sans concession.

Le récit débute en 2010 à Pékin avec la mort de Shaoai ; après sa participation aux manifestations étudiantes de 1989, elle est renvoyée de l’université ; suite à un empoisonnement suspect, elle se paralyse et ne peut parler…crime ou accident ? Boyand lui, est resté dans son pays, il a prospéré dans les affaires, sans pour autant réussir une vie sentimentale. Moran et Ruyu sont partis aux Etats-Unis tenter leur chance. Toutes deux ont des parcours agités, esseulés. Pour Moran « S’il manquait à sa vie l’intensité du grand bonheur ou de la souffrance profonde, elle croyait avoir reçu à la place le don béni de la solitude. » Ruyu ne s’attache à personne, cultive l’impassibilité, la dureté même, le secret ; orpheline très jeune, elle a été élevée par deux grands-tantes. "La solitude va de pair avec les secrets ; les secrets à leur tour deviennent les emblèmes de la solitude."
A travers l’itinéraire de ces quatre personnalités très différentes, Yiyun Li dissèque avec minutie la Chine d’après Mao, celle des années 90 en proie aux contradictions politiques et économiques, celle  d’un peuple soumis et muselé, d’une jeunesse frustrée de liberté et de démocratie. "Chaque génération est convaincue que la précédente a une dette envers elle.[…]Chacune croit qu’elle réussira là où la précédente a échoué."
Jouant de l’analepse avec maîtrise et de riches métaphores, l’auteure entraîne le lecteur dans les profondes méandres de la nature humaine, des relations entre les êtres et le pouvoir, les institutions. « Les gens ne disparaissent pas de notre vie ; ils y reviennent travestis. » Un roman fort, une écriture singulière et tranchante sur le poids du passé et de la culture, la difficulté  à s’adapter dans une société dont on n’est pas issu. Quatre individus prisonniers de leur histoire, de leur culture, du temps,  qui sombrent dans la douceur de la solitude.

Le temps est la plus fragile des surfaces ; croire en la solidité d’un moment, croire qu’il nous soutiendra jusqu’à ce qu’on ait posé le pied sur le moment suivant, tout aussi solide, c’est comme marcher dans un rêve en espérant que le monde se transformera en route enchantée. Rien ne rend la vie plus insupportable qu’un espoir infondé.

Plus doux que la solitude
Auteur : Yiyun LI
Traduction : traduit de l’américain par Françoise Rose
Edition : Belfond


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