« Jours de lumière » : une gracieuse introspection fille-mère de Megan Hunter
- Écrit par : Guillaume Chérel
Par Guillaume Chérel - Lagrandeparade.com/ L’action – si l’on peut dire car il s’agit surtout d’introspection intime – débute avant la seconde guerre mondiale, en 1938, un dimanche de Pâques, dans la bucolique campagne anglaise.
La jeune Ivy (19 ans) est prête à se lancer dans la vie d’adulte. Elle vit au sein d’une famille artiste et bohème. L’harmonie semble régner. Les discussions (sur la politique ou la culture) fusent, rebondissent, avec finesse. Avec son frère, Joseph, elle pense passer une journée enchantée. Ce dernier attend sa nouvelle fiancée qu'il compte présenter à sa curieuse famille (sic !) au regard de l’époque et du milieu (à forte dominace protestante). C’était sans compter l’inattendu (de la réalité, hors cocon bourgeois) sans pitié, ni concession. Une déflagration qui va anéantir leur quiétude (pour toujours).
« Jours de Lumière », de la poétesse Megan Hunter, raconte six jours dans la vie d'une femme, sur plus de soixante ans, jusqu’au crépuscule de sa vie. Il est beaucoup question des relations mères-filles (celle de l’héroïne avec la sienne, puis avec ses propres filles). Avancer qu’il s’agit d’un roman féminin n’est pas un jugement sexiste. C’est un constat. Si l’intrigue abordera des thèmes aussi généraux que la croyance (en Dieu, ou en l’homme politique providentiel), du deuil et de la culpabilité, dans relations humaines (et familial en particulier), c’est toujours du point de vue d’Ivy.
Il est aussi question d'amour (filial et marital) dans un monde en guerre, mené par des hommes. L'écriture de l’autrice anglaise (surdiplômée et méga-primée) est sensible, immersive, subtile et très descriptive (décor, état d’esprit, ambiance), comme cela se pratiquait à l’époque Victorienne. Savamment construit (chaque chapitre plonge le lecteur dans une journée). L’atmosphère est onirique, presque éthérée. On adhère ou pas. Si vous aimez le style raffiné, gracieux, et la clarté ouatée du peintre Alma-Tadema (Lawrence), vous serez emballé.e.s.
Jusqu’à la fin du XXème siècle. Ivy (mariée, mère, puis veuve), Ivy cherchera à comprendre ce qui a bouleversé sa vie, cet après-midi qui s’annonçait bucolique. Tout en essayant de concilier l'amour, le quotidien, et l'art dans lequel elle a baigné durant son enfance. Aujourd’hui, on appelle cela la « charge mentale » d’une femme au quotidien. Mais toutes n’ont pas le « loisir », ou la capacité (intellectuelle) de faire leur devoir de mémoire. Bref, le bilan. Ce roman enchantera les amateurs (et « trices ») d'art ; notamment celles et ceux qui s’intéressent au processus de création, qui rime avec passion. Pas (forcément) avec amour. Ce qui perdure de cette fresque familiale, aigue, clairvoyante, c’est la lumière qui s'invite, de manière fugace, pour éclairer les moments de doutes, et mettre l'accent sur la part cachée des choses. Of course, my dear…
Jours de lumière
Editions : Les Escales
Auteure : Megan Hunter
Traduit de l’anglais (Grande-Bretagne) par Caroline Bouet
304 pages
Prix : 21, 90 €
Parution : 15 janvier 2026






