La maison aux pattes de poulet : étrange et profond, un roman original qui célèbre la mémoire et les histoires
- Écrit par : Sylvie Gagnère
Par Sylvie Gagnère - Lagrandeparade.com/ C’est un roman étrange que celui-ci. C’est l’histoire d’un frère et d’une sœur, séparés depuis des années, qui se retrouvent lorsqu’ils héritent ensemble de leur arrière-arrière-grand-mère ukrainienne. C’est l’histoire d’une maison vivante, avec des pattes de poulet. C’est l’histoire de dons dont on ne sait s’ils sont bénéfiques ou maléfiques. C’est l’histoire d’une créature démoniaque qui les pourchasse. C’est l’histoire d’un pogrom où tout un village périt. C’est l’histoire d’un sacrifice. C’est l’histoire d’un chat fidèle, un chat noir, bien sûr. C’est l’histoire de la transmission des traumatismes par-delà les générations.
Aux États-Unis, en 2019, Bellatine et Isaac Yaga héritent de la maison de leur grand-mère, une maison vivante, avec des pattes de poulet. Isaac est surnommé le Roi Caméléon, capable de prendre l’apparence de n’importe qui, de reproduire une démarche, un tic, une gestuelle, de, littéralement, se mettre dans la peau de celui ou celle qu’il incarne. Grâce à cette aptitude, il survit de petits expédients, se donnant en spectacle et dérobant au passage les portefeuilles, tout en déposant une pièce écrasée en échange, parce qu’on ne doit pas laisser de vide. Bellatine est devenue une artisane au talent reconnu, pour contenir le don qui embrase ses mains, qu’elle considère comme une malédiction. Ses mains peuvent réveiller, rendre la vie, même à ce qui ne devrait pas revenir.
Lorsqu’ils récupèrent la maison, ils partent sur la route, Isaac parce qu’il ressent l’urgence de toujours bouger, Bellatine parce que la maison l’apaise. Pour vivre, ils ressuscitent le théâtre de marionnettes de leur enfance. Surgit alors la menace : un homme à l’accent russe qui apparaît dans leur sillage. Quand il donne à ceux qu’il croise une gorgée d’un liquide étrange, leurs peurs les plus sombres les envahissent, les poussant à une violence extrême. La haine s’installe, propagée par Ombrelongue, la créature maléfique.
GennaRose Nethercott alterne les points de vue, offrant aux lecteurs des morceaux de puzzle qui vont s’assembler petit à petit. Il faut se laisser porter par les différentes voix, sans parfois bien comprendre comment s’articulent les évènements. Bella tine et Isaac se dessinent lentement, tandis que nous découvrons leurs histoires.
Les folklores yiddish et slaves sont au cœur de la narration, parsemés de touches fantastiques et horrifiques. C’est aussi un récit de migrations, de traumas collectifs, de survie.
Hommage aux contes et aux légendes, roman sur l’identité, l’acceptation de soi, de son chagrin, de ses forces et de ses faiblesses, de ses envies et de ses peurs, La maison aux pattes de poulet honore la mémoire, le souvenir des victimes, l’importance de raconter pour que jamais ne s’éteignent l’humanité.
Le cœur de ce roman parle de survivre pour témoigner, en plongeant ses racines dans le mythe de Baba Yaga, en convoquant l’horreur et la tendresse, la violence et la bonté, à travers des personnages qui nous touchent et nous happent.
La maison aux pattes de poulet
Autrice : GennaRose Nethercott
Éditions : Le Livre de Poche
Parution : 14 janvier 2026
Prix : 10,40 €






