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Une semaine de lecture avec Charles Bukowski, Vincent Duluc, Louise Erdrich, Sébastien Jondeau et Dolores Redondo

  • Écrit par Serge Bressan

crumbPar Serge Bressan - Lagrandeparade.com / Cinq suggestions de lecture pour la semaine. Rendez-vous avec une nouvelle de Charles Bukowski, la légende hollywoodienne revisitée par Vincent Duluc, un futur effrayant version Louise Erdrich, Karl Lagerfeld raconté par Sébastien Jondeau et aussi Dolores Redondo, la nouvelle reine du polar.

 

CHARLES BUKOWSKI : « Bring Me Your Love »

Certes, voici un fascicule d’à peine plus de trente pages, mais quelles pages ! Signées Charles Bukowski (1920- 1994), l’écrivain américain maître dans l’art de la subversion. Et ça décoiffe sacrément. Cette fois, le « grand Charles » s’intéresse au couple. Dans cette nouvelle sobrement titrée « Bring Me Your Love » et publiée originellement en 1983, il y a Harry, il est dans une mauvaise passe puisqu’il a dû faire interner Gloria, sa femme qui souffre de paranoïa aiguë. Une paranoïa qui la rend certes agressive mais aussi follement perspicace. Quand il la visite au HP, elle lui balance sarcasmes, insultes humiliantes et invectives alors qu’elle se révèle patiente en voie de guérison quand le médecin s’invite à leur table… Mais quand Harry revient à son hôtel, le téléphone sonne, c’est Gloria qui le harcèle, l’insulte. Chez « Buko » grand chroniqueur des névroses de l’époque, il n’y a jamais de mari modèle . Pour parfaire le plaisir assuré par ce fascicule, quelques illustrations signées par un autre maître de la subversion : le grand Robert Crumb, créateur, entre autres, en 1959 de l’immense « Fritz the Cat »…

Bring Me Your Love
Auteur : Charles Bukowski (Illustrations de R. Crumb)
Traduit par Jean-Luc Fromental
Editions : Au Diable Vauvert
34 pages
Prix : 9 €

 

dulucVINCENT DULUC : « Carole & Clark »

On le connaît grand connaisseur des choses du football (surtout s’il est lyonnais ou anglais) ou encore de Kornelia Ender, la nageuse est-allemande des années 1970. Vincent Duluc, la dernière plume du quotidien « L’Equipe », nous avait jusqu’alors caché sa fascination pour Hollywood, du moins pour son âge d'or - c’en est fini, il nous glisse un nouveau roman, titre tout simple : « Carole & Clark ». Comme Carole Lombard et Clark Gable, deux immenses stars hollywoodiennes des années 1930. Tous deux furent mariés de 1939 à 1942, « ils étaient plus que des stars de cinéma. Ils étaient le couple rêvé. Entre 1930 et 1940, Carole Lombard et Clark Gable incarnaient une certaine idée du bonheur et Hollywood qui aimait les chimères était à leurs pieds », prévient l’éditeur. Carole, c’était le glamour, ce qui ne l’empêchait pas de parler fort et d’imposer sa loi. Clark, c’était l’homme qui embrassait les femmes en un geste aussi original qu’unique. Lombard et Gable vivaient ensemble, au milieu du désir des autres, sous l’œil des patrons des studios d’Hollywood qui n’aimaient rien tant qu’imaginer, inventer les vies des acteurs et actrices…

Carole & Clark
Auteur : Vincent Duluc
Editions : Stock
242 pages
Prix : 18,50 €

 

louiseLOUISE ERDRICH : « L’enfant de la prochaine aurore »

Tenue pour l’une des plus grands écrivains américains contemporains, Louise Erdrich publie son seizième roman, « L’enfant de la prochaine aurore ». Avec ce nouveau texte, la descendante d’Indiens objiwa, s’offre un pas de côté. Un changement de registre par rapport à tout ce qu’elle a écrit jusqu’alors, s’offrant une tentative dans le genre de la dystopie. Ainsi, elle assure : « J’ai le sentiment que, davantage que le passé, c’est maintenant l’avenir qui nous hante ». Des mots qu’elle met dans la bouche de son héroïne, Cedar Hawk Songmaker, Indienne ojibwa elle aussi- à sa naissance, elle a été adoptée par un couple de Blancs progressistes de Minneapolis. Enceinte de quatre mois, elle a décidé de faire cohabiter passé et futur et de rencontrer la famille de sa mère biologique- qui vit dans une réserve du Dakota du Nord. Cette rencontre n’a rien d’un caprice : aux Etats-Unis, est survenue une catastrophe biologique, l’évolution des espèces s’est bloquée et un gouvernement religieux et totalitaire est à la manœuvre. Un gouvernement qui exige des femmes enceintes qu’elles se signalent aux autorités. Cedar Hawk Songwriter a saisi la portée de la menace, elle fuit pour protéger son enfant à naître…

L’enfant de la prochaine aurore
Autrice : Louise Erdrich
Traduit par Isabelle Reinharez
Editions : Albin Michel
418 pages
Prix : 22,90 €

 

 

jondeauSEBASTIEN JONDEAU : « Ça va, cher Karl ? »

Une vie de vingt ans. Et puis un jour de février 2019, tout s’arrête. Cette vie de vingt ans, « j’ai dit au revoir à Karl ce matin. Pour toujours. Son âme et son corps ont disparu. Durant cette journée chaotique beaucoup de monde. Trop de monde… » Né à Paris en 1975, grandi dans le Val d’Oise du côté de Gonesse, Sébastien Jondeau a été garde du corps, chauffeur, assistant et mannequin de et pour Karl Lagerfeld, le couturier et aussi styliste, photographe, dessinateur, designer, réalisateur et éditeur… Avec la complicité de la journaliste Virginie Mouzat, Sébastien Jondeau raconte, et demande « Ça va, cher Karl ? ». C’est un livre comme un album dans lequel les photos sont mots. Un livre dans lequel Jondeau ne cède pas au néant de la presse « de boulevard » (de caniveau, disent d’autres) ; il raconte cet homme maître tout puissant chez Chanel et que, muet, il a suivi dans son ombre (« J’étais son tapis volant »), qui l’a « élevé » depuis ce 1er février 1999, date de son embauche pour un salaire de 15 000 francs de l’époque (environ 2 500 euros)… Il raconte aussi sa vie d’avant, cette vie en cité dans la banlieue nord-parisienne avec petits boulots dès l’âge de 12 ans pour gagner son argent de poche… Le temps d’un (bon) livre, Karl Lagerfeld est de dos et dans l’ombre ; la lumière en 270 pages, c’est pour Sébastien Jondeau- belle élégance : il n’en abuse pas !

Ça va, cher Karl ?
Auteurs : Sébastien Jondeau (avec Virginie Mouzat)
Editions : Flammarion
272 pages
Prix : 19,90 €

 

redondoDOLORES REDONDO : « La face nord du cœur »


A en croire les experts du genre, voici donc la nouvelle reine mondiale du polar. Dépassées les stars scandinaves, place à une auteure venue du Pays basque, Dolores Redondo, avec une belle réputation puisque sa trilogie du Baztán a été traduite dans pas moins de trente-six pays… Elle est de retour avec « La face nord du cœur », et a quitté les vallées de son Pays basque pour emmener le lecteur outre-Atlantique. Du côté de Quantico, Virginie, plus précisément. On est en août 2005 et l’ouragan Katrina s’apprête à dévaster de nombreuses villes américaines. La jeune sous-inspectrice Amaia Salazar y suit, à l’académie du FBI, un stage sur le profilage des criminels- l’instructeur Aloisius Dupree la remarque pour ses dons impressionnants, l’emmène en Louisiane où un « serial killer », le Compositeur, s’en prend à des familles, toujours selon le même mode opératoire. Précision de l’auteure : « Ce type de tueur en série est capable d'exercer pendant des années son travail macabre avec discrétion, dissimulant ses traces ou les cadavres de ses victimes… » Et l’enquête sur le monstre renvoie inexorablement Amaia (déjà croisée dans la trilogie du Baztán) à l’image d’un être maléfique qui lui rappelle étrangement sa vie d’enfant au Pays basque et sa mère. Avec « La face nord du cœur », cette face cachée de l’âme, Dolores Redondo- grande admiratrice d’Agatha Christie, signe un sacré polar où se mêlent allègrement mystères, drames et apocalypse…

La face nord du cœur
Autrice : Dolores Redondo
Traduction: Anne Plantagenet
Editions : Série Noire / Gallimard
690 pages
Prix : 20 €

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