La zone indigo : une pièce remarquable, qui parle d’enjeux forts...à ne pas manquer!
- Écrit par : Sylvie Gagnère
Par Sylvie Gagnère - Lagrandeparade.com/ Le basculement de la France dans un régime fasciste vient bouleverser le monde de Cléo Marson et de son équipe : alors qu’ils s’apprêtent à faire une découverte majeure sur le langage des cachalots et peut-être même réussir à communiquer avec eux, tout s’arrête : la recherche est bannie, les corps et les conduites surveillés, les discriminations et les contrôles systématiques de la police deviennent la règle, des mots sont interdits, tandis que des milliardaires libertariens se créent des havres pour survivre...
Dès le début de la pièce, nous sommes plongés dans les dilemmes qui vont agiter les protagonistes de cette histoire : pour résister, doit-on fuir ou rester ? La science peut mener à des merveilles, ou à des drames. Un chercheur est-il libre de choisir quand il est financé par des intérêts privés ? Les questionnements et les sujets abordés dans cette pièce sont nombreux et très actuels, de notre rapport au vivant à la mort de la démocratie, des menaces qui pèsent sur les droits humains et en particulier ceux des femmes à la nécessité de regarder en face la catastrophe qui s’annonce, sans pour autant perdre espoir.
La zone indigo est un thriller d’anticipation à l’écriture percutante. Le rythme est enlevé, les enjeux apportent une tension dramatique qui ne se dément pas, l’humour est présent avec des dialogues ciselés, aux répliques qui font mouche. La mise en scène s’appuie sur des écrans qui nous offrent un décor immersif, et réussit à nous montrer ces technologies du futur (proche) avec intelligence. Mélodie Mourey et Olivier Prost construisent le texte et la mise en scène comme un film, avec des tableaux qui s’articulent autour de l’intrigue principale. Scènes d’enquête, moments de confrontation et séquences plus intimes alternent pour bâtir un récit cohérent et aux enjeux forts.
La représentation d’une France fasciste est angoissante par son réalisme. Pourtant, la pièce reste porteuse d’espoir et de lendemains plus lumineux. Les interprètes sont impressionnants de subtilité et de justesse. Leur implication saute aux yeux et donne à chacun des personnages une profondeur remarquable. Chacun·e est confronté·e à ses motivations, à ses interrogations face aux conséquences de leurs études et de leurs découvertes. Les choix personnels dans les moments de crise sont questionnés avec finesse et nous invitent à nous interroger.
S’attaquer à des thématiques aussi variées et fortes que l’écologie, la géopolitique, la technologie, la politique, la montée des idéologies d’extrême-droite, la toute-puissance des milliardaires libertariens, la responsabilité individuelle et collective, les impacts de la recherche, le tout dans une seule pièce tient de la gageure. Une gageure parfaitement réussie grâce à un texte d’une rare intelligence, une mise en scène inventive et immersive et des comédien·nes brillant·es !
La zone indigo tire la sonnette d’alarme et nous invite tou·tes à remettre le vivant et l’humain au cœur de nos préoccupations et de nos décisions.
La zone indigo
Autrice et metteuse en scène : Mélodie Mourey
Scénographie : Olivier Prost
Lumières : Arthur Gauvin
Musiques : Simon Meuret
Costumes : Bérengère Roland
Production : Théâtre des Béliers Parisiens
Avec : Azad Boutella, Ariane Brousse, Guillaume Ducreux, Olivier Faliez, Marie Montoya et Lara Tavella
Durée : 1 h 40
Dates et lieux des représentations :
- Jusqu'au 29 mars 2026, du mardi au samedi à 21h, les dimanches à 15h - Théâtre des Béliers Parisiens – 75018 Paris






