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Théâtre : Si c’est un homme, ou comment dire l’indicible...

  • Écrit par : Christian Kazandjian

si c'est un hommePar Christian Kazandjian - Lagrandeparade.com/ Le texte de Primo Levi constitue un témoignage universel essentiel sur la déshumanisation et la destruction d’hommes par d’autres hommes.

Si c’est un homme (Se questo è un uomo) livre de Primo Levi, écrit entre fin1945 et 1947, figure comme essentiel parmi les livres qui, à partir du thème de la Shoah, ont marqué les consciences dans le monde. Il s’agit d’un texte narrant la vie et survie de l’auteur, résistant italien de confession juive, dans le camp de travail dépendant d’Auschwitz, entre février 1944 et janvier 1945, date de la libération par l’Armée rouge. L’auteur, à la fois témoin et acteur contraint du drame, relate dans son livre, de manière quasi sociologique, de la survie dans un enfer que n’aurait pas renié Dante, auquel Primo Levi ne manque pas de faire référence. Mais, loin d’une œuvre de fiction, Si c’est un homme, plonge dans la spirale de violences idéologiques, physiques, conduisant à l’horreur absolue, à la déshumanisation des individus : victimes et bourreaux. Sans complaisance, l’auteur note, cliniquement pourrait-on dire, le processus qui transforme des êtres humains en éléments d’une machine monstrueuse. A Auschwitz, point de héros, mais des hommes réduits à l’état de fantômes seulement occupés à survivre, chacun pour soi, sans compassion pour quiconque, même pour un prisonnier comme lui, pris dans le tourbillon d’une horreur indicible, inconcevable. Quant aux SS, gardiens du camp, aux kapos, droits communs brutaux, ils agissent en robots d’un système, ayant, abandonné toute trace d’humanité. Primo Levi, à peine rescapé de la mort, écrit pour témoigner. Il ne juge pas. Il rapporte faits et propos, sans masque ni pathos, décrivant la destruction d’hommes par d’autres hommes, ce qui donne à son récit une dimension ontologique universelle. Comment, dès lors, le porter à la scène ?

Une grande puissance émotionnelle


Gilbert ponteGilbert Ponté, seul, opte pour le dépouillement : un espace vide, une économie de gestes et de déplacements, un habit de monsieur tout-le-monde : tout est pensé pour donner à la parole la place centrale. Parole dénuée de lyrisme, mais d’une précision chirurgicale. Car, comment pouvoir expliquer l’horreur absolue, par d’autres images que celles décrivant la réalité nue ? La bande sonore où, parfois surgit une pièce de Bach, situe l’action dans la chronologie de la tragédie ; la projection d’œuvres du peintre allemand Anselm Kiefer invite à graver le souvenir d’une histoire bien réelle, pour ne pas oublier. Le jeu de Gilbert Ponté, dépuré, mais qui ne manque pas d’intensité, incite à l’écoute d’un texte d’une puissante densité émotionnelle qui transparaît derrière une narration directe, presque froide, dépourvue de tout artifice. Le comédien, investi dans la peau du narrateur, lui confère cette présence, cette humanité que le système instauré par les nazis a tenté de détruire et d’effacer à jamais. Aussi, en ces temps où le monde, en convulsion, est agité d’une soixantaine de conflits armés, où la déshumanisation de ceux considérés comme des menaces existentielles, justifierait l’agression et le massacre, réécouter la voix d’un Primo Levi devient d’un impérative nécessité. Sous peine, par indifférence, lâcheté ou accablement, de voir se diluer notre propre humanité.

Si c’est un homme
Auteur : Primo Levi
Mise en scène et jeu : Gérard Ponté

Dates et lieux des représentations:
- Jusqu'au 1er avril 2025 au Théâtre Essaïon, Paris 4e (01.42.78.46.42.), les mardis et mercredis à 19h. 


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