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El Conde de Torrefiel - Una imagen interior : à la recherche du réel

  • Écrit par Victor Waque

el condePar Victor Waqué - Lagrandeparade.com/ « Una imagen interior » est un moment unique. Une expérience artistique d’1h30, pas vraiment du théâtre, ni de la danse, pas une performance ni de l’opéra, mais un peu tout à la fois. Nous sommes plongés dans un univers original, qui critique sans compromis cette société déconnectée des autres vivants. La compagnie espagnole « El conde de torrefiel » nous propose un spectacle puissant et singulier, qui questionne notre perception du réel.

Moment réflexif intense, des pensées traversent la scène, et accompagnent les mouvements. Comme parfois à l’opéra, un écran, au-dessus de la scène, affiche un dialogue. Mais ici, les phrases ne sortent pas des comédiens. Ce sont des pensées qui défilent sur l’écran. Qui commentent, qui partagent, qui réfléchissent, qui nous accompagnent. Seule une musique lourde, vibrante, presque assourdissante, nous projette dans cet univers étrange. Intense. Ici et nulle part.
Sur scène, surtout, du vide. Un vide rempli par un décorum de grandes étendues plastiques, en fond de scène et au sol, un plastique brillant coloré, qu’un jeu de lumière subtil et original, intègre dans le texte qui défile et la musique apocalyptique. Cette scène nous envoie dans des environnements du quotidien qui deviennent, plongés dans ces stimulations sonores et visuelles, une atmosphère à la fois criarde et aseptisée. Une autre réalité.
Quand les comédiens arrivent sur scène, ils intègrent cet environnement étrange. Ils se déplacent avec une grande lenteur. Articulent avec emphase des mots qui ne sortent pas de leurs bouches. Et agissent simplement comme des individus de notre époque. Mais cet environnement et ces pensées qui défilent sur l’écran nous partagent un sentiment de malaise, comme si une plaie béante, invisible, accompagnait les mouvements sur scène.
« Una imagen interior » nous plonge vers ces êtres obnubilés par un présent chaotique. Un présent fictif qui perd de vue la richesse du lien à l’autre et les émotions qui grouillent dans le corps, pour s’inscrire dans la matière plastique qui les entoure. Pourtant, sans le savoir ils participent aux cycles de toute humanité. Vie et mort. Joie et tristesse. Mais leur réalité semble chercher autre chose.
« Una imagen interior » ne plaira pas à tout le monde. Tourné vers une recherche approfondie des manières de transmettre par l’art vivant, absolument fructueuse, la mise en scène comme l’écriture et le jeu d’acteur sont pourtant d’une rigueur remarquable. Il suffit de se laisser porter. Et entrevoir cet autre monde qui s’ouvre, cet autre monde qui s’immisce en filigrane derrière le nôtre, et peut-être devant aussi.

El Conde de Torrefiel - Una imagen interior 
Texte : Pablo Gisbert
Mise en scène : Pablo Gisbert , Tanya Beyeler
Avec : Anaïs Doménech , Julian Hackenberg , David Mallols , Gloria March Chulvi , Mauro Molina
Scénographie : María Alejandre, Estel Cristià  
Régie lumière : Roberto Baldinelli 
Dramaturgie : Tanya Beyeler, Pablo Gisbert 
Plasticien : Mireia Donat Melùs 
Conception : El Conde de Torrefiel 
Création son : Uriel Ireland, Rebecca Praga
Machiniste : Miguel Pellejero 
Création lumières : Manoly Rubio García 
Direction technique : Isaac Torres 
Création costumes : Maria Alejandre et Estel Cristià
Réalisation du robot : José Brotons Plà
Surtitres en français : Marion Cousin
Surtitres en anglais : Nika Blazer 

Dates et lieux des représentations: 
- Du 7 au 10 décembre 2022 - Grande Halle - La Villette - Paris dans le cadre du Festival d’Automne à Paris


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