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Je m’appelle Asher Lev : une magnifique pièce entre spiritualité et émancipation

  • Écrit par Xavier Paquet

asherPar Xavier Paquet - Lagrandeparade.com/ Quand on nait juif dans une famille orthodoxe du New York des années 40, on n’a pas d’autre choix que d’évoluer et de s’orienter vers l’étude de la Torah. Dans cette famille très pratiquante, guidée par le rebbe de la communauté, le jeune Asher dessine, encore et encore et croque ce qui s’offre à son regard d’enfant : son appartement, sa mère, son père. Son père, très respecté par ses pairs, ne voit pas cela d’un bon œil tandis que sa mère montre une certaine indulgence. Choisir la voie de la raison ou laisser libre court à sa passion ? Vivre dans la tradition familiale ou s’émanciper ?

Adolescent puis jeune adulte, Asher va devoir se confronter à ses propres atermoiements et cas de conscience et s’opposer à la pression religieuse. C’est finalement le rebbe, guide suprême de la famille, qui arrive à mieux comprendre ce jeune homme tourmenté par sa vocation d’artiste, et le présente à Jacob Kahn, célèbre peintre qui le prend sous son aile pour le former et le faire éclore en l’initiant au monde de l’art.

Alternant les phases narratives et les scènes quotidiennes d’Asher et de sa famille, la mise en scène traverse la vie du jeune artiste. Elle s’installe dans un décor représentant une immense fenêtre, espace entre l’intérieur de l’appartement et l’extérieur, entre une vie enfermée et les promesses du dehors, support aussi des toiles de l’artiste ou d’exposition de son modèle. Par une création lumière riche et subtile, en clair obscur, nous immergeant dans différents niveaux d’intimité, de tension, de fragilité ou de création.

La pièce est portée par trois comédiens de talent qui nous transportent avec beaucoup de force et de sensibilité : un Asher en questionnement et en crise existentielle, un père avec de la prestance et de la délicatesse (mais aussi des nuances sur les autres personnages comme le rebbe ou Jacob Kahn) et une mère fragile et rayonnante, coincée entre les ambitions de son mari et l’amour de son fils.

La peinture et le dessin sont un moyen d’expression de soi : pour Asher c’est un souffle vital, un élan intime et irrationnel, un besoin pour survivre et pleinement être soi. Son mode d’expression lui permet d’exprimer mais aussi exfiltrer la pression familiale et religieuse, un souffle de vie et une respiration. Lui qui a conscience depuis son enfance de sa différence et de son don artistique, il a aussi mauvaise conscience à l’utiliser face à sa famille, au poids de la religion, à la pression des traditions.

Magnifique pièce, Je m’appelle Asher Lev traite l’angle du talent artistique face au déchirement que provoque cette vocation au sein d’une famille, sur l’impact de la culture et du passé, sur l’intime qui écartelle les envies et ambitions.
Quels sacrifices faire pour pleinement vivre de sa passion ?

Au delà de l’éloignement de son milieu spirituel, cela questionne sur les blessures que l’on s’inflige et que l’on inflige à ses proches. Dans un milieu contraint par ses propres règles, la liberté d’expression sonne comme un cri d’ouverture dans un monde si fermé et contraire à l’idée même de la création.

Je m’appelle Asher Lev
Auteurs : Aaron Posner, D'après Chaïm Potok, Adaptation : Hannah-Jazz Merten
Mise en scène : Hannah-Jazz Mertens
Interprète(s) : Martin Karmann, Guillaume Bouchède, Stéphanie Caillol
Assistante mes : Jade Molinier
Lumières : Bastien Gérard
Costumes : Bérengère Roland
Scénographie : Capucine Grou-Radenez
Musique : Manu Mertens
Assisté de : Victoria Flavian
Diffusion : Les Béliers

 Dates et lieux des représentations :

- Du 7 au 30 juillet 2022 – Relâches les 12, 19 et 26 – Salle 1 - Théâtre des Béliers ( 53, rue du Portail Magnanen, 84000 - Avignon) - Avignon off 2022

 


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