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Mais du soleil que reste-t-il ? : dans les boues de Verdun

  • Écrit par Christian Kazandjian

SoleilPar Christian Kazandjian - Lagrandeparade.com/ Adaptation de texte de Maurice Genevoix, Mais du soleil que reste-t-il ? ravive la mémoire des tranchées de 1915, par un de ses acteurs même.

Un vieil homme assis à son bureau, sous le faible flot d’une lampe. Dehors les oiseaux gazouillent, une douce musique de nuit les remplace. Apaisement de la vieillesse. Maurice Genevoix a, alors, quatre-vingt-trois ans. Nous sommes en 1972. Il écrit La mort de près : un essai ? Non, plutôt le livre des souvenirs d’un jeune homme de vingt-quatre ans, qu’on a envoyé au front cinquante-sept ans plus tôt. Sous la plume, revit l’officier, frais émoulu des rangs qu’il a été, envoyé, en cet horrible mois de février 1915, aux Eparges, quelque part non loin de Verdun. L’écrivain, membre de l’Académie française, se transporte dans la peau du jeune homme ; le duo peut commencer à évoquer le passé, la sombre histoire de ce qu’on nomme indûment la Grande Guerre. Qu’a-t-elle eu de grand pour les poilus tués par centaines de milliers ? Il n’en reste que des noms sur des monuments que le temps pousse vers l’oubli. Tour à tour, le jeune soldat et l’écrivain illustre, fondus bientôt en un seul corps, revivent le cauchemar de cinq journées tragiques qui mèneront Genevoix, au seuil de la mort, sur un lit d’hôpital. Les voix en répons, ou mêlées déroulent la lente litanie des ordres –absurdes souvent-, des assauts, des explosions, des morts, surtout des morts, jeunes gens arrachés à leur foyer et envoyés au massacre annoncé. L’auteur se souvient de chacun de ses compagnons de combat, de leur fin atroce, dans la boue, sous un ciel plombé qu’a fui le soleil. Les hommes ne sont plus que des ombres chancelantes qu’un obus ou une balle peuvent souffler.

La poésie pour appréhender la tragédie

Mais du soleil que reste-t-il ? reprenant des extraits des Eparges et de La mort de près, est le dialogue à distance du jeune officier, au cœur de l’horreur et du vieil écrivain, soucieux de transmettre l’histoire. Les Eparges, écrit en 1923, et Le Feu d’Henri Barbusse constituent les livres-témoignages les plus importants sur la guerre de 1914-1918. Bien des ouvrages, essais ou romans, ont été écrits sur le sujet, bien des films et documentaires. Mais le fait que les deux auteurs précités aient vécu dans leur chair l’expérience du feu les rend incontournables. Maurice Genevoix apporte au récit, qui pourrait n’être que la relation sèche d’événements, sa sensibilité d’écrivain, sa poésie. Car c’est souvent par le monde de l’art qu’on appréhende le mieux le tragique. Son récit, à hauteur d’homme, touche juste. Il redonne visage et nom aux anonymes que les états-majeurs envoyaient, par paquets au casse-pipe. Ses camarades de combat nous deviennent familiers, humains, même lorsqu’ils sont inconnus de l’auteur qui les assiste dans leur agonie.

La mise en scène parie sur la sobriété : ce qui importe, ici, c’est la voix d’un l’écrivain sensible, d’un témoin primordial. Le décor : une table d’où naît l’œuvre. Les deux comédiens (Stanislas De La Tousche et Rémy Chevillard) tout de sobriété, donnent à entendre le texte, dans de faibles éclairages d’où émergent, par touche, les souvenirs. Maurice Genevoix vient, ce 11 novembre 2021, d’entrer au Panthéon, en hommage aux poilus sacrifiés dans d’absurdes batailles. Belle occasion d’aller écouter un texte remarquable par un qui a souffert, dans sa chair, dans la boue des tranchées.

Mais du soleil que reste-t-il ?
D’après Les Eparges et La mort de près de Maurice Genevoix
Mise en scène : Géraud Benech
Avec Stanislas DE LA TOUSCHE,  Rémy CHEVILLARD
Crédit-photo: Fabienne Rappeneau

Dates et lieux des représentations:

- Jusqu'au 2 janvier 2022 au Théâtre de la Contrescarpe, Paris 5e (01.42.01.81.88 .), les dimanches à 14h30.

 

 

 


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