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Je ne cours pas je vole : quand le cœur bat au rythme des foulées...

  • Écrit par Xavier Paquet

je ne cours pasPar Xavier Paquet - Lagrandeparade.com/ Etre seul face à soi-même, ses errements, ses tourments, ses épreuves. Etre seul face à l’adversité, la sienne, intérieure, et la concurrence. Etre seul face à son destin. Ce questionnement personnel nous traverse tous à un moment de manière plus ou moins profonde. A travers le prisme du sport et de la pratique du haut niveau, il en devient universel.

C’est aussi celui de Julie Linard, championne de 800m et qui rêve d’une médaille olympique, pierre angulaire de la pièce. Une athlète autour de laquelle se concentrent les espoirs d’une nation, les attentes d’un entraineur, la passion d’une famille. Une vie qui s’organise entre entrainements, compétitions, remises en questions, attentions de l’entourage entre un père qui pousse sa championne de fille, une mère bienveillante et plus soucieuse et un frère qui rêve lui aussi d’exploits mais qui, à cause d’une anomalie cardiaque, ne peut les vivre que par procuration. L’équilibre est précaire, la tension permanente, la quête de performance obsessionnelle : « passer mon temps à vouloir gagner du temps ». Jusqu’au point de non retour. La blessure.

Le corps meurtri, l’usure physique, la fatigue mentale, la perte de confiance. Y croire et avancer ? S’en remettre et se reconstruire ? La douleur comme point de départ ou d’arrivée ?

Dans cette superbe pièce, Elodie Menant aborde, avec passion et talent, la pression qui s’exerce sur une championne. D’abord la sienne, la construction de soi, dans la performance et l’acharnement vers un accomplissement, la recherche de la perfection. Et celle des autres poussant à la lassitude, à la douleur physique et à la détresse psychologique.
Les dialogues sont multiples, directs, modernes, avec une écriture ciselée et brève donnant du rythme à l’ensemble, renforçant encore la tension.
Les scènes se multiplient sous forme de tableaux, mêlant des échanges au 1er plan comme des expressions en arrière plan donnant encore plus de profondeur et de sous textes à l’ensemble.

La mise en scène est soignée avec une rapidité de jeu, du rythme et des enchainements huilés et dynamiques mais aussi des temps de pause, des moments plus suspendus renforçant la tension ou apportant l’émotion.
Les paroles se mélangent aux corps, l’énergie est présente mais les mouvements sont maitrisés avec des tableaux chorégraphiés, des performances physiques.
Les corps sont affutés, tendus, les muscles saillants dans des séquences presque dansées alternant avec des chorégraphies décomposées, à la limite du slow motion, parfois silencieuses mais toujours en tension. Entre intensité et ralentissement, le cœur bat au rythme des foulées.

je ne cours pasLa troupe fonctionne en équipe avec des changements de jeu énergiques et des ruptures nettes, ils sont dans une dynamique collective où, comme en sport, ils se portent les uns les autres pour faire vivre le destin de Julie et de ceux qui l’entourent : famille, amoureux, coach mais aussi commentaires sportifs volubiles (et très drôles) et grands champions (Manaudou, Bolt, Nadal entre autres) révélant l’envers du décor de leurs performances, leurs doutes, leurs efforts. On parle souvent du mental des champions, on comprend ici le tempérament et la force de caractère de ceux qui en ont la trempe.

La pièce se savoure comme un film de cinéma tant certains tableaux sont presque en fondu enchainé avec des effets de lumière qui délimitent les zones de jeu (piste d’athlé, vie de famille, zone de doute et de blessure). Elle se savoure car elle met en exergue avec brio, humour et émotion, le sacrifice qui se cache derrière l’exploit, où quand le vernis de la performance craque. Elle interroge aussi sur la place du temps dans la vie d’une athlète prise dans la spirale de sa carrière et qui découvre l’ennui, le temps long dans la blessure.

On est souvent fasciné par l’exploit sportif, on ressort de la pièce avec de la compassion tant le dépassement de soi, le niveau d’exigence et d’engagement forgent le respect. Est-on prêt à tout pour poursuivre son rêve ? La réussite est-elle à ce prix ? Et si finalement la réalisation de ses envies, le chemin vers son propre bonheur passait déjà par se faire plaisir avant tout pour soi ? Une belle leçon de sport !

Je ne cours pas je vole
Une pièce d’Elodie Menant
Par ATELIER THEATRE ACTUEL
Co-produit par la Cie Carinae et Alyzee créations
MISE EN SCÈNE : Johanna Boyé
DISTRIBUTION : Vanessa Cailhol, Olivier Dote Doevi, Axel Mandron, Elodie Menant, Youna Noiret, Laurent Paolini

Dates et lieux des représentations: 

- Au Théâtre du Roi René du au - Festival Avignon Off 2021 - Du 7 au 31 juillet 2021

 


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