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4 de Rodrigo Garcia : " L'artificiel est un poison de première classe "

  • Écrit par Julie Cadilhac

4Par Julie Cadilhac - Lagrandeparade.fr/ Quand on n'est plus un bleu des spectacles de Rodrigo Garcia, une fois les fesses bien calées dans le fauteuil, l’œil inspecte le plateau et fait la liste des indices disséminés sur la scène qui permettraient d'envisager de quelle façon cette dernière basculera - à n'en point douter - dans le chaos.

Si les premiers mots accueillent avec une crudité de bon aloi et des slogans annonciateurs d'une apocalypse dramatique " Démolir est édifiant", rien dans la présence d'un savon de Marseille XXL, une peau de loup, des sacs de couchage, une plante, un transat et un ventilateur n'augurent tout de même une noyade de hamsters, une tonte en bonne et due forme ou un suicide au gaz d'échappement...L'on pressent déjà la déception des candidats à la provocation et l'on aura raison. "4", c'est un peu du Rodrigo Garcia version guimauve...une pièce "métaphysique" qui "fait moins référence à des éléments du quotidien que d'autres pièces" selo4 poulen les dires de son démiurge...et ça n'a pas été pour nous déplaire. N'exagérons rien toutefois : l'auteur et concepteur hispano-argentin n'a pas viré sa cuti. Dans ce "4", en effet, Rodrigo Garcia ne perd pas sa prose ciselée à l'amertume et à la désillusion ; son cynisme, toutefois, semble fléchir par instants, se ramollir un peu sous la force de valeurs qui réussiraient à submerger son intarissable besoin de peindre une humanité décadente et désespérée. Bien sûr, " la nuit tombe comme une merde" mais la première image qui ne cessera de se décliner ensuite, obsessionnelle, est celle de quatre êtres qui sont reliés par des fils arachnéens, quatre compagnons qui ne cessent d'exprimer leur complicité et leur fusion. Assiste-t-on au calme avant une nouvelle tempête? "4" est-il un leurre dans le processus créatif de l'auteur et metteur en scène?
Difficile de commenter une pièce de Rodrigo Garcia : l'éclaté y règne toujours en maître et il faut attendre les derniers mots pour trouver peut-être quelques clés pour un véritable fil directeur. Quels conseils donner alors ? Cesser de penser. Juste regarder. Décrocher. Laisser l'esprit divaguer. Mais refuser le piège dans lequel il excelle à plonger le spectateur et ne pas être simplement consommateur d'un produit culturel contemporain pour ensuite pavaner dans les soirées bobo d'un " j'y étais" stérile et vain. Non. Il faut embrasser la poésie délirante de l'instant offert. Rodrigo Garcia sait en effet instaurer sur le plateau des compositions surprenantes qui stimulent les neurones et créent des rhizomes d'informations contrastées et parfois contradictoires.
Tester son coup droit en squash sur "L'origine du Monde" de Gustave Courbet, regarder voler un drône lumineux aux cliquetis de pendule cédant aux caprices du vent, écouter les élucubrations sonores d'un guitariste à tête de loup empaillé sur fond de décor versaillais, observer deux lolitas sur talons hauts sur-maquillées/coiffées/fringuées exécuter une parade de clip dansé, voir tournoyer une plante verte sur un tourne-disque, assister à un échange d'insultes entre les comédiens et une tête d'animal à la langue bien pendue ou aux confidences surréalistes d'un samouraï en parure de guerre à deux poupées aussi choux que superficielles qui sirotent un cocktail ...vous n'auriez jamais im4 savonaginé des fantasmes aussi absurdes et délirants ? Rodrigo Garcia lui l'a fait! Mais l'on entend aussi, dans "4", l'histoire de Luis, Tota, la marraine et l'horlogerie et cette phrase aussi simple que déroutante "Je ne savais pas rendre de l'amour" et l'on est surpris, en outre, par cette scène esthétiquement superbe sur le savon de Marseille géant qui accueille un couple qui s'étreint dans la douceur, le rire et la complicité...ça glisse, ça nettoie, ça bulle. Les ménagères vous le diront: rien de mieux que le savon de Marseille pour éliminer toutes les tâches disgracieuses sur le linge. Osera-t-on l'interpréter comme une métaphore?
En épilogue, une maxime :" Toute la magie a lieu hors de chez soi."  Qui osera dire tout haut le contraire? " L'artificiel est un poison de première classe. Le quotidien, repoussant." Y'a plus qu'à sortir donc...et à aller voir le dernier spectacle de Rodrigo Garcia?

4
Texte, espace scénique, mise en scène  :  Rodrigo García
Avec : Gonzalo Cunill, Núria Lloansi, Juan Loriente, Juan Navarro, et deux petites filles
Création vidéo : Ramón Diago,  Daniel Romero
Création son : Daniel Romero, Serge Monségu
Scénographie lumière : Sylvie Mélis
Assistant à la mise en scène John Romão
Costumes : Marie Delphin
Production déléguée : Humain trop humain - CDN Montpellier
Coproduction Théâtre Nanterre-Amandiers CDN, Festival d’Automne à Paris, La Maison de la Culture d’Amiens - Centre européen de création et de production, Théâtre de Liège, Bonlieu Scène nationale Annecy
Spectacle en espagnol surtitré
Remerciement à la savonnerie Fer à cheval - Marseille

Crédit-photos: Marc Ginot


Dates des représentations:

- Du 5 au 7 novembre 2015 à hTh – CDN Montpellier

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Du 12 au 15 novembre et du 17 au 22 novembre 2015 au CDN – Nanterre – Amandiers (dans le cadre du Festival d’Automne à Paris)

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Le 26 novembre 2015 au Théâtre Le Phénix / Valenciennes


- Le 5 décembre 2015 au Théâtre National de Lisbonne / Portugal

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Le 11 décembre 2015 au Théâtre municipal de Porto / Portugal

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Les 15 et 16 décembre 2015 à La Comédie de Caen – CDN de Normandie

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Du 6 au 8 janvier et du 12 au 15 janvier 2016 au Théâtre Garonne à Toulouse

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Les 20 et 21 janvier 2016 à Bonlieu Scène nationale Annecy


- Les 28 et 29 janvier 2016 à La Maison de la culture d’Amiens


- Les 4 et 5 février et du 9 au 11 février 2016 à hTh – CDN Montpellier

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Du 16 au 18 mars 2016 au Théâtre National de Bordeaux en Aquitaine (TNbA)

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Les 31 mars et 1er avril 2016 au Centre Dramatique National de Haute Normandie / Rouen

 


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