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Hotdog de Natyot : Dans ma maison sous terre...c'est pas la joie.

  • Écrit par Ludovic Vignaudon

hotdogPar Ludovic Vignaudon - Lagrandeparade.fr/ Our house in the middle of our street...

 

Ma bouche sera la bouche des malheurs qui n'ont point de bouche, ma voix, la liberté de celles qui s'affaissent au cachot du désespoir.

Aimé Césaire, Cahier d'un Retour au pays natal

Hotdog : vous vous imaginerez sans doute une vieille baraque à frites belge ambulante, traînant avec elle des odeurs de saucisse grillée et de friture. Rien de tout ça, ou presque. De baraque il est question, de baraques en carton ou plutôt d'une baraque d'un type un peu particulier, une baraque à ciel ouvert : la rue. Car c'est bien dans la rue que se joue le destin de ces femmes SDF dont la vie se résume à un écart de doigt, une vie qui tient dans un mouchoir de poche. C'est pas la joie.
Pendant plus d'une heure, c'est un concert d'envolées lyriques mêlées d'improvisations en tous genres sur des textes de Natyot, le tout rythmé par des intermèdes musicaux : Lise Boucon – débardeur rose, jogging, plantée dans le sol cambrée sur ses talons aiguilles rouge vif – et Marion cousin – aérienne, cheveux lâchés, robe bleue, basket chaussettes – prêtent leurs voix à ces clochardes célestes : c'est Vladimir et Estragon au féminin. Hotdog c'est aussi l'aventure d'un langage avorté : des mots épinglés sous toutes leurs coutures, des onomatopées clinquantes de bitume « VROUM VROUM », un refrain qui sonne comme une antienne « J'ai faim j'ai froid ». C'est pas la joie.
Alors on joue à faire semblant, on se raconte des histoires comme des enfants pour rompre la monotonie des jours fuyants :  tour à tour funambule sur un fil, acrobate du vide ou danseuse étoile, la rue c'est leur théâtre à elles, leur cour de récréation... on pousse la chansonnette la commissure aux lèvres pour oublier le froid : Dans ma maison sous terre
 Omawé omawé
 Tao tao ouistiti
 Tao tao ouistiti
 One two three  (claquement de mains enfantin) . On se croirait projetés l'espace d'un clignement d’œil dans une maison de poupée à voir ces deux corps féminins désarticulés comme des pantins de bois. Jouets et pantins rafistolés du destin, étendus sur l'asphalte les bras en croix. C'est pas la joie.
Et puis il y a Hot dogue le toutou, la couverture chauffante, le radiateur, le compagnon des transhumances. Hot dogue qui mord dans la vie comme dans un os, à pleines dents.
Dans la rue, le monde il est pas beau. Dans la rue, le chemin il est long. Dehors c'est pas dedans. Les corps croulent sous la logorrhée verbale des administrations françaises et des textes de lois lancinants « Si vous avez effectué une demande de logement social mais qu'aucun bien adapté à votre situation ne vous a été proposé un recours est possible. Vous pouvez saisir une commission de médiation, puis... ». 3 mois, 6 mois, 12 mois. Et moi pendant c'temps là, j'tournais la manivelle. Et moi pendant c'temps là je chantais dans les bois. La la la la la la. C'est pas la joie.
De Charybde en Scylla, le spectateur est ballotté ; on se croirait dans la cale d'un bateau pris dans le maelstrom des mots, le mal de mer vient vite...
Hotdog, c'est bien plus qu'un réquisitoire pour le droit au logement, bien plus qu'un tribunal du droit d'asile, Hotdog sonne le glas du désespoir, c'est l'aventure qui signe la mort du langage, la mort des mots devenus trop étroits pour contenir la désolation du monde. Quand les mots ne suffisent plus pour dire, que reste-t-il ? Le rire, seul joujou du pauvre.

Et les deux enfants se riaient l'un à l'autre fraternellement, avec des dents d'une égale blancheur.

Charles Baudelaire, Le Spleen de Paris

HOTDOG - ASSOCIATION ELVIRE
TEXTE : Natyot
CONCEPTION ET INTERPRÉTATION : Lise Boucon, Marion Cousin et Natyot
Performance théâtrale
Durée : 1h15

© Association Elvire

Le jeudi 29 octobre 2015 au Théâtre du Périscope - Nîmes (30)


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