De l’origine des espèces : un roman original qui s’interroge sur la définition du vivant, agréable et fluide
- Écrit par : Sylvie Gagnère
Par Sylvie Gagnère - Lagrandeparade.com/ Plus qu’un roman, cet ouvrage est plutôt un fix-up de trois longs textes, situés dans le même univers, un futur très lointain où toute vie organique a disparu : les plantes, les animaux, les humains. La Terre est recouverte d’une épaisse couche de nuages bloquant tout rayon solaire, le froid y règne, l’oxygène s’est dissipé, l’eau n’est plus que glace, la pollution est à son maximum. Des conditions idéales pour une population robotique et cybernétique. Ces robots, complètement autonomes, ont construit leur société, font des recherches, ont développé des croyances, une culture, des rituels où ils s’épanouissent, en ayant tout oublié de leurs origines.
Quand certains d’entre eux (re) découvrent la vie organique, c’est une véritable crise existentielle qui les emporte.
Les machines de Kim Bo-Young sont plus proches de celles d’Asimov que de celles que nous imaginons aujourd’hui avec les I.A. (le premier récit a été écrit en 2000). L’autrice joue à transposer nos questionnements à ces êtres cybernétiques : d’où viennent-ils ? Qui sont-ils ? Existe-t-il un Dieu qui les a créés ? La croyance et la science peuvent-elles cohabiter ?
Le premier texte s’appuie sur une réflexion philosophique profonde, qui nous amène à nous interroger sur le moyen de se libérer de nos préjugés, pour aller vers la réalité, fût-elle dérangeante. Les scientifiques robots se questionnent sur ce qu’est la vie, sa définition, ses contours et ces interrogations font échos aujourd’hui à celles que nous nous posons. En parallèle, l’autrice montre comment la société des machines s’est organisée, a grandi, son système politique, éducatif, les discriminations qui subsistent entre modèles. L’anthropomorphisme joue à fond, et nous n’avons aucun mal à nous identifier et à nous attacher aux personnages, grâce, entre autres, à la qualité de leur introspection.
Le second texte se déroule trente ans après et aborde les questions éthiques liées à la recherche. Face à la découverte de la vie organique, les positions se crispent, les opinions s’affrontent, entre tenants de la poursuite des expériences et partisans de l’annihilation du risque.
Le dernier a lieu cent cinquante ans plus tard, et traite le sujet de la coexistence des espèces : possible ? Impossible ? Souhaitable ? La réponse apportée par Kim Bo-Young est passionnante à tous points de vue.
Chacune des parties explore des conceptions, des perspectives, des hypothèses qui nous poussent à nous interroger sur notre propre monde.
Avec son écriture fluide et précise, l’autrice nous embarque dans cet univers original, qui bouscule nos certitudes et nos opinions. N’est-ce pas là le rôle de la science-fiction ?
De l’origine des espèces
Autrice : Kim Bo-Young
Éditions : Rivages Imaginaire
Parution : 4 mars 2026
Prix : 22 €






