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« La Grâce et les Ténèbres » d’Ann Scott : cybersurveillance et terrorisme…

  • Écrit par Serge Bressan

ScottPar Serge Bressan - Lagrandeparade.fr / Soit un musicien en panne d’inspiration, il se prénomme Chris, a 30 ans et a grandi dans une famille de femmes engagées- Colette la mère climatologue et militante écologiste, Cass et Claire les deux sœurs photographe de guerre et grande reporter. Il va laisser tomber son premier album, et se lancer dans la surveillance anti-Daesh. Avec « La Grâce et les Ténèbres »- son neuvième livre (et huitième roman) écrit en deux années, Ann Scott fait, à 54 ans, un retour remarqué en cette rentrée d’été 2020. Romancière devenue culte dès son deuxième livre (« Superstars », paru en 2000 et tenu pour le « premier roman pop français crédible ») et célébrée pour son précédent « Cortex » (2017), elle se lance sans retenue (et c’est un bonheur extrême de lecture) dans la docu-fiction. On plonge, avec Chris, dans les réseaux sociaux, le terrorisme, la propagande djihadiste… C’est furieusement documenté, formidablement raconté, l’auteure s’appuyant sur les témoignages de membres de la « Katiba des Narvalos »- une petite organisation d’anonymes qui surveille les terroristes sur le dark net. Bien sûr, avec cette surveillance du terrorisme surtout la nuit devant son écran d’ordinateur (qui va devenir chez le jeune homme une obsession de tous les instants) qui provoquera un choc post-traumatique (« Chris essuie les larmes qui commencent à couler, rabat doucement le capot de l’ordinateur, se relève, et met ses mains devant sa bouche pour étouffer le cri qui monte en même temps qu’il éclate en sanglots »), Chris va s’éloigner de la musique et côtoie l’horreur avec vidéos de décapitation- mais quelle peut être, quelle doit être sa priorité de vie ? Traquer les terroristes sur la messagerie, sur les réseaux sociaux, et s’éloigner de lui-même ? Se reconnecter à la musique, à l’art ? Donner un sens à sa vie, voilà la quête de Chris- une de ses sœurs lui écrit pour (tenter de) le ramener à la vie : « Le monde est coupé en deux, il y a ceux qui vivent normalement et ceux qui vivent dans la guerre. La moitié qui est dans la lumière et l’autre qui est dans les ténèbres. Il faut que tu retournes dans la lumière ». Encore et toujours, dans « La Grâce et les Ténèbres »- grand roman du cyberterrorisme, texte viril et poétique, texte choc et ambitieux qui raconte la cyberguerre comme jamais jusqu’alors dans la fiction française, il y a l’écriture d’Ann Scott. Une écriture de l’urgence. Celle qui permet de retrouver (de garder ?) la grâce, de s’éloigner des ténèbres.

La Grâce et les Ténèbres
Auteur : Ann Scott
Editions : Calmann-Lévy
Parution : 19 aout 2020
Prix : 19,50 €

Il donnerait cher pour que dans deux heures, quand le jour se lèvera enfin, au lieu que ce déluge accouche d’un ciel gris sale, l’immensité révèle un bleu pâle traversé des habituelles traînées de condensation des premiers avions qui décollent. Puis que brusquement, sans qu’on le voie venir et sans qu’on trouve les mots quand on le remarquera, le ciel s’ouvre et laisse entrevoir un antre béant cramoisi. Un abîme flamboyant, boursouflé d’explosions orange et jaunes et rouges, bouffi de poches de gaz et lacéré de fumées noires comme la suie. Un brasier dont les interstices laisseraient deviner les poussières ocre et pourpres et turquoise de la Voie lactée, mais un brasier figé ; non pas bouillonnant mais coagulé, sans aucun vacarme, simplement silencieux, comme un cœur qui a cessé de battre, le cœur de Dieu qui a quitté cette terre depuis longtemps.

 


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