« Sans carte ni boussole » : une mise au ban sans crime, sans forfait, sans procès !
- Écrit par : Félix Brun
Par Félix Brun - Lagrandeparade.com/ Les années soixante, Hampton dans le New Hampshire : Meredith raconte… "Puis je suis tombée enceinte. J’avais seize ans. La famille, l’Eglise, l’école – ces institutions qui m’avaient adoptée quand j’étais enfant - m’ont rejetée. La mise au ban a pour objet d’empêcher des évènements fâcheux de se produire au sein d’une communauté."
Dans cette société, on vit, on agit en fonction du regard des autres, des diktats de la religion, de la normalité déterminée, de la respectabilité de la famille "modèle", de la rigueur morale et moralisante de l’école, de l’église… "J’ai été renvoyée de l’école le jour de la rentrée suivant les vacances de Noël. Enceinte de quatre mois et demi, avec une morphologie de danseuse élancée.[…]La première phase de la mise au ban venait de s’achever." Chez ces gens-là il n’y a pas d’amour, d’humanité, seulement le miroir des autres ! «C’est simple m’a dit ma mère en traversant la pièce pour s’asseoir sur le canapé dans sa robe en laine et ses hauts talons, tu ne peux pas rester vivre ici. Place à la deuxième phase» …Une sentence surprenante presque naturelle, « D’une injustice saisissante pour frapper suffisamment les esprits. »
Rejetée, évitée, ignorée, écartée, écartelée, Meredith subit avec dureté et violence l’attitude des autres : "Mais j’ai disparu moi-même de mes propres souvenirs, tout comme s’est évanouie cette myriade de détails confortables de ma vie, ce jour de 1965 où j’ai été exclue de l’école. Mise au ban, invisibilisée, je suis devenue invisible à moi-même." Chassée en quelque sorte par sa mère, elle va partir vivre chez son père, indifférent, qui a refait sa vie ; Meredith est cachée dans une maison froide… "Je nous percevais intensément mon bébé et moi, comme deux parias livrés à eux-mêmes. Mon père et ma mère avaient décidé immédiatement que « nous » confierions le bébé à l’adoption." mais...
Un roman émouvant, poignant, marquant ; un témoignage frappant à propos de cette société nord-américaine puritaine, machiste, inhumaine, qui, dans le fond, ne semble pas avoir tellement évolué. Une histoire sur le jugement des « autres », sans procès, sans justice, sur l’errance pendant plus de vingt années, sur le pardon, sur cette effroyable condamnation sociétale ; « Une des fonctions de la mise au ban est d’éradiquer totalement la personne qui la subit. Elle s’apparente à un meurtre.,[…]. La mise au ban est aussi précise qu’un scalpel, une ablation absolue ne laissant miraculeusement pas la moindre cicatrice sur le corps communautaire. Cette cicatrice est portée uniquement par la jeune fille…» Un excellent et remarquable moment de lecture, d’une écriture riche, subtile, sincère et douce.
Sans carte ni boussole
Auteure : Meredith Hall
Traduction : traduit de l’anglais (USA) par Laurence Richard
Editions : Philippe Rey
Date de parution : 15/01/2026






