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Journal intime : les confidences de Richard Burton

  • Écrit par Serge Bressan

BurtonPar Serge Bressan - Lagrandeparade.fr / Premier flash back. Les années 1960. Richard Burton, né Richard Jenkins le 10 novembre 1925 à Pontrhydyfen (Pays de Galles) et douzième d’une fratrie de treize enfants, est alors considéré comme un « monstre sacré » du cinéma. Lui qui, dans quelques moments de lucidité, reconnaît être parfois, souvent un goujat (surtout en public) a grandi au pays minier- a priori, son destin était tout tracé : comme son père et ses frères, il descendrait au quotidien tout au fond de la mine dans les veines du charbon. Il en fut tout autre- par la grâce d’un professeur au collège. Un professeur, Philip Burton, qui, à l’adolescent, fera découvrir la beauté des mots. Alors, quand il débutera dans la comédie pour des premiers pas sur scène, il prendra comme patronyme le nom de ce professeur. Ainsi, Richard Jenkins devint Richard Burton…

On lit : « On vient de me faire une offre d’un million de dollars pour la publication d’un seul mois de ce journal ». Des mots consignés par Richard Burton en 1968. Il ne cache pas son étonnement, lui qui tient chronique chaque jour de sa vie- ce qui donne « Journal intime », un texte paru originellement en 2012 et réédité, pour notre plus grand bonheur, en cet automne 2020 par le très estimable éditeur Séguier. Près de 600 pages pour les notes sur les jours et les nuits de Burton qui courent du 1er janvier 1965 au 21 décembre 1971, le tout mis en forme et publié par Chris Williams. Donc, ce « Journal intime » commence le vendredi 1er janvier 1965. Burton qui a débuté au théâtre en 1943 (« Druid’s Rest » d’Emlyn Williams) et au cinéma en 1949 (« The Last Days of Dolwyn » d’Emlyn Williams) consigne : « Lendemain de saoulographie. Lu « Britannica » avec E [Elizabeth Taylor, NDLR]. C’est une brave petite. Passé prendre Sara hier soir au Palace Hotel, l’ai baladée partout et ai hurlé galamment : « Je hais les vieilles dames » (…) ». 

Richard Burton a joué au théâtre dans vingt-sept pièces et été considéré comme un grand acteur shakespearien. Au cinéma, il a tourné dans cinquante-six films- auxquels on ajoute un téléfilm et deux séries pour la télévision. Richard Burton, nommé à sept reprises aux Oscars à Hollywood (où il a débarqué en 1952 en jouant dans « Ma cousine Rachel » avec Olivia de Havilland) sans en recevoir aucun, apparait, au fil des pages de « Journal intime », comme « un homme insoupçonné, infiniment plus complexe et intelligent que le commun des acteurs hollywoodiens », explique son éditeur français qui pointe aussi son « sens de l’humour irrésistible et (sa) grand qualité d’observation ». Pour le lord anglais et écrivain Melvyn Bragg, auteur de « Rich : the Life of Richard Burton » (2010), les journaux permettaient à l’acteur de se détacher du tourbillon de la célébrité, de la presse qu’on n’appelait pas encore « people » et des interviews malicieusement espiègles. Ce qui fait écrire à Chris Williams que, là, dans ses « Journaux », réputé pour ses penchants à l’alcool et aux accès de colère, Burton pouvait « se montrer sérieux et honnête à l’égard de lui-même. Ils représentaient son épreuve de vérité. (…) Dans son journal, il avait la possibilité de construire sa propre conscience de soi, de qui il était, de ce qu’il valait et vers où il allait ». La possibilité aussi de confier qu’il éprouvait un certain scepticisme sur le cinéma et qu’il était fou de théâtre. La possibilité également d’évoquer, avec ses mots, son amour aussi passionné que tortueux pour Elizabeth Taylor.
Parce que voilà bien une des grandes affaires de la vie de Richard Burton. Le couple qu’il a formé avec Elizabeth Taylor, de six ans et demi sa cadette, la plus grande vedette féminine d’Hollywood avec Marilyn Monroe. Mariés l’un et l’autre, Burton et Taylor se sont rencontrés, découverts en 1961 sur le tournage de « Cléopâtre », film de Joseph L. Mankiewicz (1909- 1993) et superproduction au budget pharaonique. Burton : « Elle était incontestablement splendide. Je n'ai pas d'autre mot pour décrire cette combinaison de plénitude, de frugalité, d'abondance, de minceur. Elle était somptueuse. Elle était d'une grande générosité. En bref, elle était super ». A l’époque, des observateurs pas spécialement bien intentionnés ont expliqué qu’en quittant sa femme Sybil pour Elizabeth Taylor, Burton voulait avant tout assouvir sa soif de gloire et de fortune… Dans les pages de « Journal intime », l’acteur ne relève pas ce genre de mesquineries. Il évoque simplement sa passion illimitée pour cette femme avec qui il a partagé l’affiche de sept films (dont « Qui a peur de Virginia Woolf ? », « La Mégère apprivoisée » ou encore « Hôtel international »). Sa passion pour cette femme qu’il épouse le 15 mars 1964. Ils divorcent le 26 juin 1974, se remarient le 10 octobre 1975, se séparent à nouveau le 29 juillet 1976. Richard Burton meurt le 5 août 1984 à Céligny (Suisse). Burton- Taylor, ce fut, c’est encore le couple mythique de Hollywood…

Journal intime
Auteur : Richard Burton
Traduction : Alexis Vincent et Mirabelle Ordinaire
Editions : Séguier
Parution : 30 octobre 2020
Prix : 24,90 €

Extrait

« Mardi 18 mai 1965 Première nuit de lune de miel. Avons quitté Paris en prenant nous-mêmes le volant de la Rolls-Royce. Suivis un moment par deux journalistes. E. [Elizabeth Taylor, NDLR] a une France. Impossible de décider si j’aime ou pas. E. a appelé le baron E Rothschild pour lui présenter J. Heyman. Déjeuner (pizza) au Bas-Bréau, Barbizon. Charmant. Avons ensuite continué jusqu’à Avallon, logeons à « La Poste ». E. se comporte comme si c’était vraiment la première fois que nous étions mariés l’un à l’autre. Dois faire attention. Je pourrais devenir idolâtre. J’aimerais la connaître assez pour lui dire combien la vie est excitante avec elle.
Lundi 11 avril 1966 Depuis que j’écris ce journal c’est la première fois que je le fais au jour indiqué dans l’entrée. D’habitude c’est le lendemain matin ou après-midi. Ce soir cependant- il est minuit moins le quart- je n’arrive pas à dormir. Ce n’est en aucun cas une chose inhabituelle. Je me réveille souvent au petit matin et reste parfois allongé deux ou trois heures, parfois toute la nuit, sans pouvoir me rendormir. Mais cette nuit, c’est dû à un médicament appelé FINALGON. C’est allemand…
Mercredi 13 novembre 1968 Rarement je suis aussi suprêmement ennuyé. Il y avait 22 personnes à dîner et je ne connaissais ou ne me rappelais que deux noms, et encore, grâce à mes livres d’histoire : le comte et la comtesse von Bismarck. Et lui, le comte, ressemble autant à l’image qu’on peut se faire du Chancelier de Fer qu’un plat de spaghetti. Doux et rond et indécis. Il serait incapable d’ébaucher les contours de l’Allemagne moderne, même dans du carton. L’acier de son grand-père n’a pas pénétré jusqu’à son âme.
Lundi 27 juillet 1970 A ma stupéfaction, E. m’a dit qu‘elle était allée dîner chez Joyce Haber. Joyce Haber est la fille naturelle de Hedda Hopper- tout aussi stupide, méchante et narquoise. J’ai montré mon étonnement et ai demandé à E. pourquoi diable elle était allée chez cette échotière, et elle m’a dit qu’elle avait seulement suivi ce branché de Rex Kennamer pour aller voir un film. Je lui ai demandé depuis quand elle allait chez des personnes pareilles (…). Au bout d’un moment elle a commencé à gueuler en braillant qu’elle se sentait seule… J’ai laissé tomber… »


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