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« La mode : le plus beau métier du monde » : les fashion précaires du monde du luxe

  • Écrit par : Guillaume Chérel

Par Guillaume Chérel - Lagrandeparade.com/ En 2019, Giulia Mensitieri remportait le Grand Prix du livre de la mode, avec son essai intitulé, non sans une certaine ironie : « La mode, le plus beau métier du monde » (La Découverte).

Car le monde dans lequel elle nous plongeait est en fait bâti sur la précarité de pratiquement toutes celles et ceux qui y travaillent. En effet, derrière le faste et la renommée des prétendus top-models, il y a des centaines de mannequins qui, dans l’espoir d’être reconnues, doivent souvent se résoudre à payer tous les services proposés par leur agence, comme les photos, par exemple, au point de finir leur carrière carrément endettées. Sans parler des directeurs artistiques, stylistes, couturières (et des couturiers), photographes, vendeuses (et vendeurs), chargé.e.s de communication, etc. Tous ces métiers, que l’on ne voit pas durant les fashion-weeks, elle les illustre grâce au travail du dessinateur Danicolallerale.

Autant dire tout de suite que leur travail conjoint, avec Delcourt pour les illustrations, est exceptionnel. Malgré la souffrance et les difficultés décrites par le menu, iels ont créé un « beau livre » artistiquement sublime, magnifique. « Le plus beau métier du monde » déconstruit la légende qui entoure les « travailleurs créatifs » de la haute couture, et du prêt-à-porter, en nous immergeant au sein de ce monde où l’exploitation côtoie luxe et prestige social. Grâce à une iconographie dans le style pop’art, Giulia Mensiteri nous entraîne dans les coulisses de cette pseudo élite, où tout est basé sur l’apparence. Où la majorité des employées sont contraintes d'accepter des conditions de travail éprouvantes, et ne résistent que par leur seule force de continuer à en être.

Secteur emblématique du capitalisme contemporain, la mode est aujourd'hui l'une de ses plus puissantes industries et l'un de ses plus efficaces pourvoyeurs d'imaginaire. Le système décrit par Giulia Mensiteri repose sur le rêve créé par ce miroir aux alouettes éphémère. C’est parce qu’ils et elles espèrent toucher du doigt un jour cette lumière, que l’immense majorité de celles et ceux qui font tourner ce monde accepte des semaines sans repos, des journées de travail sans limite, des rémunérations dérisoires voire inexistantes – on rencontre un nombre incroyable de stagiaires non rémunérés. On retrouve cette précarité dans le cinéma, l’édition et l’art en général, mais la mode est l'une des plus puissantes industries du monde. Elle représente 6 % de la consommation mondiale et est en croissance constante. Depuis les années 1980, et l'entrée dans l'économie néolibérale, elle est devenue l'image étincelante du capitalisme, combinant prestige, pouvoir et beauté, et occupe une place centrale dans les médias et les imaginaires. Pourtant, cette industrie, qui apparaît comme un horizon professionnel hautement désirable, repose principalement sur la vacuité.

Derrière la façade « glamour » de la mode c’est l’ultralibéralisme sauvage. Marche (droit et sans sourire) ou crève. Ce livre décrypte les dynamiques invisibles sur lesquelles repose l'industrie de « prestige » pour mieux « déglamouriser ». rappelons, comme le souligne Giulia Mensiteri, que ce système (dans lequel des employeurs laissent entendre que c’est déjà une chance de travailler dans ce milieu, qu’il faut tout lui sacrifier, qu’il ne faut pas trop réclamer) se retrouve dans d’autres secteurs, comme les ONG, la télévision, l’édition, le cinéma, la musique, ou la presse. On en parle peu, et pour cause. Il y a peu d’élus.

La mode : le plus beau métier du monde 
Editions : Delcourt
Collection : La découverte
Auteurs : Giullia Mensitieri et Danicollaterale
176 pages
Prix : 29, 95 €
Parution : 1 octobre 2026

 


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