« Mille choses » : coup de chaud en Espagne ou la tyrannie du monde du travail
- Écrit par : Guillaume Chérel
Par Guillaume Chérel - Lagrandeparade.com/ A Madrid, un couple se prépare (mentalement) à partir en vacances, malgré le stress de leur dernière journée de travail, sous une chaleur d’enfer.
Lui se nomme Travis, elle Anne. Ils ont un bébé, qu’ils chérissent entre « mille choses » à régler. La femme, c’est bien connu, supporte une charge mentale (un collègue de travail la harcèle sexuellement) plus forte que son homme, donc elle le charge de déposer leur fils chez l’aide-maternelle. La mission n’est pas compliquée, sauf que le mari est « débordé ». Nerveux, soucieux, mal organisé, il manque de sang-froid. En plus du « bouclage » du magazine, qu’il co-dirige, il est bloqué dans les embouteillages, dans une vieille bagnole en passe de rendre l’âme, au mauvais moment (la clim’, entre autres, déraille) ; ce, en pleine canicule. L’air est non seulement étouffant mais une tentative d’arnaque (achat d’aspirateur de luxe), via internet, le turlupine, et il s’inquiète de savoir si son boulot est menacé. Avant l’heure du déjeuner, il a enfin trouvé une place où se garer, en plein cagnard, avec bébé derrière.
Mille choses, de l’espagnol Juan Tallon décrit avec maestria, et humour noir, l'engrenage de la vie dite moderne de deux cadres (dynamiques). Et surtout le cauchemar (climatisé) du monde du travail. Le rythme du récit rappelle la tension du film Chute libre (Falling Down, 1993), avec Michael Douglas, qui incarne un employé de bureau qui pète un câble dans les bas-fonds de Los Angeles. On pense aussi à Do the right thing (1989), de Spike Lee, à Brooklyn (New-York), cette fois. La chaleur y est également omniprésente, mettant à l’épreuve la santé mentale des êtres au bout du rouleau.
L’auteur suit pas à pas le parcours de deux jeunes parents, croulant sous le travail, et les impératifs du quotidien. Avant de profiter, enfin, de leurs congés, et de leur fils, qu’ils voient peu, il faut survivre à cette dernière journée en répondant aux multiples sollicitations qui saturent leur esprit épuisé par les heures les plus chaudes de l'été. Le moindre contretemps peut tout chambouler et se transforme en catastrophe ; le moindre oubli en désastre.
Juan Tallón est un journaliste et écrivain. Il est diplômé en philosophie et travaille dans les domaines du journalisme et de la communication dans divers médias. Sa carrière d'écrivain est basée sur des collaborations collectives avec d'autres auteurs. Dans son précédent roman, Chef-d’œuvre, il s’était inspiré d’une histoire invraisemblable, mais vraie… Une sculpture grandiose – pesant près de trente-huit tonnes – créée, en 1986, par Richard Serra, un artiste célèbre, chez les initiés, a mystérieusement disparu du musée Reina Sofía, à Madrid. Bien que considérée comme un « chef-d’œuvre », par manque de place, elle fut rangée, quatre ans durant, dans un entrepôt. Juan Tallón a donné la voix à soixante-dix protagonistes, célèbres, ou anonymes, tous liés d'une manière ou d'une autre à l'étrange disparition. L’enquête est menée au rythme d'un thriller. Idem pour Mille choses , inspiré de faits divers qui malheureusement ont lieu chaque été, dans le monde entier. Sans doute l’un des romans les mieux maîtrisés de cette rentrée littéraire.
Mille choses
Editions : .Le Bruit du monde
Auteur : Juan Tallon
Traduit de l’espagnol par : Julia Chardavoine
193 pages
Prix : 21 €
Parution : 20 août 2026






