« White River » : Aventure mortelle au pays des trappeurs
- Écrit par : Guillaume Chérel
Par Guillaume Chérel - Lagrandeparade.com/ Durant l'hiver 1766, un « colporteur » de fourrures, bref un « trappeur », arrive dans un « comptoir » de la Compagnie de la Baie d'Hudson, avec dans sa besace une pépite d'or et la promesse qu’il existe un filon plus, dans le fameux « nord », au-delà de la White River, au lieu-dit Ox Lake. Dans les Terres dites « stériles », car glacées, où vivent – ou plutôt survivent – les « esquimaux », bandes réputées hostile et dangereuses. Ce sont les indiens eux-mêmes – ceux des Terres « fertiles » - qui l’affirment.
Magnus Norton, le gouverneur du fort, organise, en secret, une expédition périlleuse pour s'en emparer. Un groupe de prospecteurs – dont Tom Hearn, solitaire, et introspectif, à tendance dépressive, second sur un baleinier rattaché au comptoir – sera guidé par une famille d’autochtones, dont un jeune hommes adopté qui va se montrer irascible, puis violent, non seulement envers sa jeune femme, mais son propre père adoptif. Encore plus brutal est l’adjoint de Norton, un certain John Shaw (qui va lui « emprunter » sa jeune épouse, le temps d’une nuit, après l’avoir gagnée au cours d’un combat avec un indien d’une tribu…), enfin Abel Walker, le jeune neveu de Norton, trop naïf pour ce genre de périple. Il s’agit d’un roman d’aventures, soit, mais historique (on apprend beaucoup sur le monde des « trappeurs ») et surtout psychologique, dans lequel ce qu’il se passe dans les têtes des personnages prime sur les scènes d’action - lesquelles ne manquent pas.
Comme dans les « Dix petits nègres » (« Ils étaient dix »), d’Agatha Christie, le sort funeste va s’acharner sur la dizaine de membres de l’expédition, composée d’une moitié de Blancs, l’autre d’Indiens des Plaines. L'hiver arctique renferme sur eux comme un piège et ce ne sont pas les esquimaux qui vont les aider. Au contraire. Pour eux, ce métal jaune ne sert à rien, à part poser des problèmes. Cette soif de l`or rend fou, c’est bien connu, surtout dans les contrées sauvages du Canada, que l’écrivain décrit à merveille.
N’oubliez pas « Croc-Blanc », « L’Appel de la forêt » et « Construire un feu », de Jack London. Mais sachez qu’un disciple n’est pas loin de l’égaler sur le terrain du Grand Nord. Le wilderness comme disent les anglosaxons (« région sauvage »). Il faut avoir du souffle pour se lancer dans ce genre littéraire, en demeurant captivant du début à la fin. Dix ans après « Dans les eaux du Grand Nord », Ian McGuire dépeint la beauté austère, nourrie par un appétit féroce de gain faramineux, d’une ruée vers l’or qui va se mal se terminer, comme c’est généralement le cas. On a beau le savoir, l’auteur britannique réussit le tour de force de nous tenir en haleine tout le long du récit. Son secret (et son talent) : nous inviter à entrer dans la tête de chaque protagoniste.
Ian McGuire prend le temps de détailler, en immersion, comment la vie, au XVIIIe siècle, dans ces contrées lointaines et glaciales, était un combat journalier, non seulement pour les « coureurs de bois », mais pour tout être vivant. C’est l’occasion pour lui de rappeler le comportement des prétendus « civilisateurs » envers les populations autochtones. Il ne se complait pas dans des descriptions sanguinolentes, mais au contraire fait montre de mesure en confrontant les points de vue, et la vision du monde des hommes de Shaw, avec ceux des autochtones. Ces derniers n’étaient pas parfaits, loin de là – ils pouvaient se montrer belliqueux et ultra-violents – mais leur rapport au « vivant » était plus proche de l’équilibre, pour résumer, dans leur relation d’interdépendance, et de réciprocité, avec la terre (et le ciel). Aujourd’hui, sur le fond rien n’a changé. La méfiance amène la non-communication. La cupidité nourrit la violence. Et Dame nature compte les points. C’est prenant. C’est la morale de l’histoire.
White River
Editions : Rivages /Noir
Auteur : Ian McGuire
Traduit de l’anglais par Sophie Aslanides
329 pages
Prix : 21,50 €
Parution : 19 août 2026






