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Médina Mérika : un polar musical à l'écriture incisive

  • Écrit par Julie Cadilhac

Médina MérikaPar Julie Cadilhac - Lagrandeparade.fr/ Beyrouth aujourd'hui. Un mort se réveille au fond d'un puits. Il nous raconte ses dernières heures, son assassinat sauvage dont il ignore à la fois le mobile et le criminel. Il réclame vengeance. Ali était un cinéaste comblé, fasciné par le cinema américain. Un être volontairement engagé dans son désir d'ouvrir son peuple à la  modernité.

Entre ensuite Ibrahim le borgne, le frère de coeur de la victime et son meurtrier, qui a sacrifié il y a peu son œil " sur l'autel de la clairvoyance". Il évoque les erreurs d'Ali qui donnait des illusions à la jeune génération au travers de ses films. Pour lui, les frontières entre son monde et l'Occident sont trop perméables: " Ali était une fissure dans notre mur; il permet un courant d'air trop frais". Or, selon lui, il ne faut pas donner " l'illusion que la modernité élève l'âme" : ses congénères sont inaptes à entrer dans le même moule que les occidentaux. Son crime, il le revendique, n'est donc pas passionnel - comme le laissera entendre la rumeur ensuite - mais c'est un acte accompli avec discernement...Puis c'est au tour de Layla belle comme la nuit, l'épouse éplorée et sans nouvelles de son époux depuis une semaine d'exprimer ses émotions...et de faire entendre sa voix de femme dans une "société qui mange des chats et où les rats - pré-islamiques!- sont rois", où l'on accuse les épouses lorsque les maris s'en vont et dont on ne peut imaginer que deux alternatives : soit ils cherchent réconfort auprès des putes soit ils ont fui dans le maquis des rebelles islamistes. Trois voix qui se succèdent pour faire progresser l'enquête...avant que ce ne soit la révolution des chiens...
Voila une pièce aux grandes intelligence et sensibilité. Applaudissons d'abord le texte à l'écriture incisive, pétri d'un juste équilibre entre gravité et humour. Portrait sans parti pris d'une civilisation en mutation, en proie à ses contradictions intrinsèques et à son aspiration à la modernité, l'on est séduit par ses images bien trouvées, son jeu constant sur les changements de registre, sa fluidité et son ironie délicieuse. Ponctué de chansons aux textes vifs et souvent drôles, cette pièce s'apprécie donc aussi pour ses qualités musicales qui mêlent divers univers sonores avec talent ( Make some noise pour le rap des cabots!). La scénographie est pleine d'inventivité, use de projections vidéos, d'une caméra subjective et d'un décor reconvertible avec pertinence. Les trois comédiens sont dotés d'une belle sincérité de jeu et convainquent par leur dynamisme et leur implication sur le plateau.
Une mise en scène inventive et "pas politiquement halal" que l'on ne saura que trop vous recommander! Les chiens parlent quand ils ont envie de parler...qu'on se le dise et c'est tant mieux!

MedinaMédina Mérika

Interprète(s) : Georges Baux, Marion Guerrero, Nestor Kéa, Toma Roche, Abdelwaheb Sefsaf
Mise en scène : Abdelwaheb Sefsaf
Collaboration à la mise en scène : Marion Guerrero
Dramaturgie : Marion Guerrero
Musiques : ALIGATOR Baux/Sefsaf
Scénographie : Pierre Heydorff
Photo/vidéo : Samir Hadjazi / Costumes : Ouria Dahmani-Khouhli

durée : 1h30

Dates des représentations:

- Du 6 au 30 juillet 2016 - relâche les 11, 18, 25 juillet - à 10h45 au Théâtre Gilgamesh ( 1 boulevard Raspail - 84000 Avignon ) - Festival Avignon off
   

 

Crédit-photo : Samir Hadjazi

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