Théâtre : Larzac ! ou la gestion collective des terres agricoles contée par les habitant-es mêmes
- Écrit par : Christian Kazandjian
Par Christian Kazandjian - Lagrandeparade.com/ Il est des spectacles qu’il est difficile de résumer, tant ils abritent de richesses. Larzac ! en fait définitivement partie. Des richesses : ici la parole de dizaines d’agriculteurs, de paysans, s’exprimant par la voix d’un comédien, seul en scène.
Philippe Durand a, lors de ses nombreuses visites sur le plateau, consigné fidèlement les paroles brutes des acteurs et témoins pour les restituer sur scène. D’aucuns s’étonneront que l’on parle alors de théâtre, mais Larzac ! ressort bien de cette catégorie. La parole y est centrale et n’y manque pas même la dramaturgie. La pièce déroule une histoire, née en 1972, année où 103 paysans font le serment, alors que l’Etat veut étendre le camp militaire, de ne pas quitter leur terre. Au bout de dix années de luttes, rassemblements et soutiens citoyens, le projet militaire est abandonné. Commence alors une expérience en milieu agricole unique en France et au-delà des frontières (le Larzac compte aujourd’hui plus de paysans qu’il y a un demi-siècle, à l’heure où l’on déplore un suicide tous les deux jours). Il est parfois difficile pour le spectateur d’entrer dans les méandres des mécanismes juridiques ayant soutenu le projet (un prospectus distribué à l’entrée y pourvoit), une réalisation qui, aujourd’hui, permet à des agriculteurs, de jouir de leur terre, grâce à des baux et des prêts d’usage. Ici, la valeur d’usage fait foi et loi. Qu’est-ce que cette notion ? Le comédien est là pour l’expliquer. Au final, cette expérience démontre, in vivo, que 40 ans de gestion collective, battent en brèche cet axiome qui affirme qu’« on ne convainc pas des paysans à s’entendre quand il s’agit de la terre ».
Gouaille et dérision
Philippe Durand renouvelle la formule initiée avec 1336 (parole de Fralib), où il rapporte, par la voix des ouvrières et ouvriers de l’entreprise fabriquant, entre autre, les infusions Eléphant et Lipton, leur lutte sociale victorieuse de 1336 jours, lutte débouchant sur une coopérative autogérée, qui, depuis 2015, démontre la fiabilité d’une gestion ouvrière de l’entreprise. Avec ce nouveau spectacle, il est, là aussi, assis, devant le parterre éclairé, un cahier ouvert sur la table. Pas d’autres accessoires sur un plateau vide. Nudité assumée pour dire des choses compliquées parfois, avec des mots simples. Il se soulève de sa chaise, tourne une page de son cahier, à chaque changement de témoignage. L’histoire de chacun et de tous, dite avec la gouaille, l’humour, la faconde, la dérision propres aux gens du peuple les élèvent au rang de personnages de théâtre. On doit, ici, saluer la performance exceptionnelle de Philippe Durand, qui pendant une heure et demie, avec une panoplie de gestes et d’expressions compagnes des jonglerie d’un Dario Fo par exemple, captive, rend familier un monde rural méconnu du monde citadin.
Larzac ! revêt une importance particulière, alors que l’individualisme sape les fondements des rapports humains d’écoute et de compréhension. Cette pièce, comme 1136 (parole de Fralib) rapporte une aventure collective ouvrant une perspective d’établir d’autres critères que ceux des sociétés consuméristes. Des modèles possibles, viables et durables.
Larzac!, entre humour et profondeur, admiration pour des femmes et des hommes ayant décidé d’une vie autre, fraternelle et solidaire, nous invite à une salutaire et utile réflexion.
Larzac !
Texte et mise en scène : Philippe Durand
Production Compagnie 13·36
Crédit-photo : Jean-Joseph Osty
Dates et lieux des représentations:
- Jusqu’au 30 novembre 2026, lundi 19h, mardi 21h15, dimanche 20h au théâtre de Belleville, Paris 11e (01.48.06.72.34.).
De la même compagnie:
1336 (parole de Fralib)
- Jusqu’au 28 novembre 2026, samedi 16h au au théâtre de Belleville, Paris 11e (01.48.06.72.34.)






