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« Vera dans son monde » : Que vivra Vera Ou L’Amérique vue par une fillette

  • Écrit par : Guillaume Chérel

Par Guillaume Chérel - Lagrandeparade.com/ Vera Bradford-Shmulkin a dix ans. Cette petite surdouée vit à New York et tient un Journal des « choses que je ne connais pas encore ». Dans son monde de, il y a « Papa », occupé à tenter de sauver la revue littéraire qu'il dirige ; « Maman Anne », qui a remplacé sa mère biologique ; et Dylan, petit frère qui pense que montrer son pénis peut suffire à apaiser les tensions permanentes d'un couple et d'une famille qui prend l'eau. Ce dernier est le seul qui paraît à peu près « normal », même s'il a un goût prononcé pour l'exhibition de ses parties génitales. On le soupçonne d'être atteint d'un TDAH.

A ce stade, impossible de ne pas penser à « Portnoy et son complexe », de Philip Roth, écrivain de confession juive, comme Gary Shteyngart, auteur de « Vera dans son monde ». Né en 1972, à Leningrad, à l’époque de l’URSS, devenu américain, il a fait partie de la liste des vingt jeunes écrivains prometteurs établie par le magazine The New Yorker. Bref, c’est un auteur de l’Est… Mais revenons à la petite Vera. Dévorée par l'inquiétude que son père et sa belle-mère puissent se séparer, elle se persuade que « maintenir l'unité de la famille » est sa mission.

La mésentente entre ses parents n'arrange pas son mal-être, surtout depuis qu'elle soupçonne son père, né en URSS (comme l'auteur), d'être un espion à la solde des russes. Nous sommes dans un monde à la fois imaginaire et réaliste – une dystopie – puisque les États-Unis basculent dans la répression. Manifestations et contre-manifestations opposent les partisans et les adversaires d'une loi dite des « Cinq-Tiers » n'assurant un « vote majoré » aux « Américains d'exception »… Les cycles reproductifs des femmes sont traqués par les autorités des États interdisant l'avortement. Le sujet la préoccupe parce qu’elle a été abandonnée par sa génitrice, d'origine coréenne, sans doute parce qu'elle était un « bébé difficile », pense-t-elle. Le plus dingue, c’est qu’une part de plus en plus nombreuse de la population a intégré comme normal, ce qui aurait autrefois été considéré comme dangereusement extrême. Ça vous rappelle quelque chose ?

Puisque les fondements de l’Amérique s’effritent, en même temps que ceux de sa famille, telle une super héroïne – notamment grâce à l’I.A avec qui Vera entretient des conversations plus profondes qu'avec ses parents -, elle se croit capable de sauver son monde. Son super pouvoir : l’humour (absurde), presque aussi puissant que l’amour, est la politesse du désespoir.

En optant pour le point de vue d’un enfant, l’auteur de « Traité de savoir-vivre à l’usage des jeunes russes » (2002) et des « Mémoires d’un bon à rien » (2014), peut feindre l'incompréhension, prétendument naïve, d’un être au contraire pétri de bon sens. Vera, comme son créateur, a le sens de la formule. Elle adore le mot « grandiloquent », sans être certaine de savoir ce que ça veut dire. Quant à lui, on le sent proche du père, « gauchiste » fauché qui ne cesse de tirer le diable par la queue, dans un monde dont il ne parvient pas non plus à rétablir l'équilibre. Si tant est qu’équilibre il y eut un jour : « Ma pauvre Knacki, finit par dire Papa. Notre pays est un supermarché où certaines personnes peuvent se servir à volonté. Malheureusement, toi et moi on n'en fait pas partie. »

Vera dans son monde
Editions de l’Olivier
Auteur : Gary Shteyngart
Traduit de l’anglais (USA) par Stéphane Roques
Parution : avril 2026
240 pages
Prix : 22 €
 


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