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Molière et Macha Makaïeff : l’alchimie jubilatoire de Trissotin ou les Femmes Savantes

  • Écrit par Julie Cadilhac

Trissotin Par Julie Cadilhac - Lagrandeparade.fr/ Dans "Trissotin ou Les femmes savantes", Molière s’amuse à caricaturer et ridiculiser les précieuses prétentieuses qui faisaient salon à son époque. Outre cela il fait le portrait cynique - mais diablement drôle - d’une famille qui se déchire pour des questions d’intérêt divergents. L’âme humaine y est montrée avec une telle acuité, les caractères résonnent avec une contemporanéité si troublante qu’on reste toujours épaté par l’universalité du génie du dramaturge. Souvent, dans ses comédies, inspirées par la commedia dell’arte, l’on y découvre un père tyrannique qui refuse le mariage aux amoureux pour des questions d’argent. Dans les Femmes Savantes, même si ce sont ces dames qui ont le pouvoir, les problèmes de fond restent les mêmes…les amants sont malheureux car ils sont séparés cette fois pour des raisons «spirituelles ». Le grand Jean Baptiste ne veut-il pas nous prouver par là que tout pouvoir - masculin ou féminin - abuse et devient arbitraire en servant ses intérêts? 

La mise en scène de Macha Makeïeff est pétillante et fraîche à souhait. Elle téléporte cette fantaisie baroque dans un cadre pop-sixties qui lui permet d’utiliser avec pertinence des accessoires d’époque (projecteur de diapositives, tourne-disques, magazines féminins…), offre un feu d’artifice de couleurs aux costumes et est un clin d’oeil amusant à l’émancipation des femmes et à mai 68. D’un côté, Henriette (attachante Vanessa Fonte ) se bat pour « goûter de l’hymen les terrestres appâts », jolie biche dont les yeux soulignés de khôl font frémir d’amour Clitandre ( attrayant Ivan Ludlow) dont les bras musclés et la carrure imposante donne envie, même aux esprits les plus détachés des plaisirs triviaux, de laisser son esprit descendre de quelques étages. Maud Wyler (Armande) instaure la rivalité sororale avec une belle énergie de jeu et la scène devient ensuite le haut-lieu d’expression du comique de caractère. Thomas Morris incarne une Bélise tordante, vieille fille déraisonnable qui se croit irrésistible, dont les rondeurs du sourire (qui peuvent à tout instant se métamorphoser en grimaces de sorcière) ajoutées à un carré grisonnant, vieillot et sage, fleurent bon l’eau de Cologne, les moqueries étouffées et les désillusions masquées. Marie-Arielle Seguy (Philaminte) dirige sa petite académie avec une autorité aussi bourgeoise qu’excentrique tandis que Louis-Do de Lencquesaing séduit en Chrysale débonnaire. Amen Kelif incarne un Vadius loufoque à l’extrême qui achève de faire fuser les rires dans le public…il faut dire que celui qui l’a précédé et que Molière s’amuse à faire attendre, le fameux Trissotin, est d’une drôlerie exponentielle dans cette pièce. Macha Makaïeff a fait de celui dont "on cherche ce qu’il dit après qu’il a parlé » un précieux à mi-chemin entre un chamane-hippie et un dandy androgyne barbu. Geoffroy Rondeau, entouré de ses groupies savantes, multiplie les registres et les partitions et du haut de ses talons délirants, offre au pédant un visage inoubliable. Un mot enfin sur l’espièglerie du jeu de Louise Rebillaud qui s’avère une Martine résolument moderne qui intime aux hommes un regain de virilité tandis qu’elle mène par le bout du nez son maître et prend la parole à sa place. 

Un sans-faute côté distribution donc, des décors superbes, des jeux de lumière et des ambiances musicales attrayantes pour un "Trissotin" littéralement dépoussiéré. Une chimère théâtrale délirante dans laquelle la metteur en scène tisse un réseau d'oxymores aussi pertinent que cocasse ( la question de la chair n'ayant de cesse de s'opposer à celle de l'esprit). De quoi passer une soirée jubilatoire en compagnie de Jean-Baptiste Poquelin. Dans ce laboratoire qu’est la vie, les femmes savantes tentent une expérience féministe sans précédent. Pétillantes de couleurs et d’inventivité, elles espèrent symboliquement trouver la formule qui les libérera de leur statut d’épouses soumises. Un échec cuisant car, réclamant davantage le pouvoir que l’égalité , elles subissent le sort que Molière accorde à tous ceux qui se mêlent de vouloir tout contrôler : le ridicule. « Quoi qu’on die », il y a une femme tout de même qui gagne la partie. Ce Trissotin-là est le résultat d’une audacieuse alchimie!

 Trissotin ou les femmes savantes de Molière

Mise en scène, décor et costumes : Macha Makeïeff
Avec:
Marie-Armelle Deguy: Philaminte
Vincent Winterhalter ou Louis-Do de Lencquesaing: Chrysale
Arthur Igual ou Philippe Fenwick: Ariste
Maud Wyler: Armande
Vanessa Fonte: Henriette
Geoffroy Rondeau:  Trissotin
Thomas Morris: Bélise
Ivan Ludlow:  Clitandre
Atmen Kelif: Vadius
Karyll Elgrichi: Martine
Arthur Deschamps L’Epine: Julien
Camille de la Guillonnière: Le Notaire

Lumières: Jean Bellorini assisté d’Olivier Tisseyre
Son: Xavier Jacquot
Coiffures et maquillage: Cécile Kretschmar assistée de Judith Scotto.
Assistants à la mise en scène: Gaëlle Hermant et Camille de la Guillonnière
Assistante à la scénographie et accessoires: Margot Clavières
Construction d’accessoires: Patrice Ynesta
Assistante aux costumes: Claudine Crauland
Régisseur Général: André Neri
Iconographe: Guillaume Cassar
Diction: Valérie Bezançon
Fabrication du décor: Atelier Mekane

Durée : 2h15

A partir de : 12 ans

Les dates:

Le Domaine d’O, Montpellier > 12 et 13 février 2016

Le Manège, Maubeuge > 23 et 24 février 2016

Théâtre Liberté, Toulon > 2 au 4 mars 2016

Théâtre de l’Archipel Scène nationale Perpignan > 8 et 9 mars 2016

La Criée - Marseille > 29 septembre au 7 octobre 2016
Comédie de Clermont-Ferrand 15, 16 et 17 février 2017 

Théâtre le Forum de Saint-Raphaël > 28 février 2017

Théâtre de Miramas > 3 mars 2017


Comédie de Béthune > 7, 8, 9 et 10 mars 2017


Carreau de Forbach > 15 et 16 mars 2017


Théâtre de Saint-Quentin en Picardie > 29 et 30 mars 2017


Théâtre du Beauvaisis > 5 et 6 avril 2017


Théâtre de Béziers > 20 avril 2017


Le Cadran, Scène Nationale d’Evreux > 25 avril 2017


Le Pian’ocktail, Théâtre du Bouguenais > 29 avril 2017


Théâtre de Saint-Quentin en Yvelines > 3, 4 et 5 mai 2017

- Du 10 avril au 10 mai 2019 à la Scala - 13, boulevard de Strasbourg, 75010 Paris - Email : Cette adresse e-mail est protégée contre les robots spammeurs. Vous devez activer le JavaScript pour la visualiser. - Téléphone : +33(0)1 40 03 44 30

 

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