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Théâtre : L'ingénu, ou la violente charge de Voltaire contre l'obscurantisme

  • Écrit par Guillaume Chérel

ingénuPar Guillaume Chérel - Lagrandeparade.com/ « Le Huron ou l'Ingénu », prolongé au Lucernaire, est l'un des « contes » philosophiques les plus célèbres de Voltaire, alias François-Marie Arouet (1694-1778), en fait un petit roman, publié en 1767 dont, par prudence, il n'avoua pas la paternité.

De quoi est-il question ? Un jeune indien (huron) du Canada débarque en Basse-Bretagne, à bord d'un vaisseau anglais (déjà, c'est suspicieux), et fait tourner la tête à tout le canton ; notamment celle de la belle Saint-Yves, dont il tombe éperdument amoureux. Bientôt, on s'indigne (surtout le « grand interrogateur ») qu'il ne soit pas catholique ! Une initiation religieuse expresse et un baptême plus tard, il apprend qu'il ne peut épouser sa bien-aimée car elle a été sa marraine lors du sacrement (car on l'a découvert neveu, bref de la famille..). L'Ingénu (on l'a surnommé ainsi parce qu'il dit ce qu'il pense et fait ce qu'il veut) gagne le château de Versailles pour obtenir dispense auprès du roi Louis XIV (quel naïf !) et se retrouve confronté à la corruption des puissants, aux abus de pouvoirs et à l'injustice. On l'embastille un an durant et il ne doit sa liberté qu'à l'amour de sa belle qui se voit obligée de s'offrir pour quémander la liberté de son amant... Imaginez l'audace, à l'époque !

Voltaire relate les « années d'apprentissage » d'un jeune homme sincère et de bon sens. Son seul tort est d'avoir été élevé chez les Hurons, en Amérique du Nord. Au début, tout le monde trouve cela très intéressant. Il est « adopté », sous le nom d'Hercule Kerbabon (sic !), par un prieur et sa soeur. Ce « bon sauvage » manifeste un franc-parler et une intelligence naturelle sans pareil : « Son entendement, n'ayant point été courbé par l'erreur, était demeuré dans toute sa rectitude », écrit Voltaire. Malgré sa bravoure contre les envahisseurs anglais dans sa province, il n'obtient à la cour de Versailles ni récompense ni la dérogation souhaitée, mais un emprisonnement. Pire, son amante, obligée à répondre aux avances malhonnêtes d'un ministre, afin de le faire libérer, meurt ensuite de honte et de désespoir. Le Huron sera finalement dédommagé par une charge d'officier : « Le temps adoucit tout » est une drôle de fin pour un conte si acerbe. Davantage un pamphlet qu'une fable, défendu bec et ongle par Thomas Willaime, ce dernier rend un bel hommage à la plume subtile du grand Voltaire, dans ce seul-en-scène mise en scène, sobrement (un livre, un fauteuil, un drap, une guitare), par un Jean-Christophe Barbaud musicien et bourré d'énergie positive. Le texte, qui a à peine vieilli, se suffit à lui-même (comme tous les grands textes). Le bonheur (et la liberté) rendus impossibles par les conventions, la corruption et l'obscurantisme religieux, ça vous rappelle quelque chose ?

L'ingénu
Texte : Voltaire
Mise en scène : Jean-Christophe Barbaud
Avec Thomas Willaime

Dates et lieux des représentations:
- Jusqu'au 26 janvier 2020 au Lucernaire (théâtre noir) (53, rue Notre-Dame-des-Champs – 75006 Paris) Réservation : 01 45 44 57 34 / www.lucernaire.fr


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