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Hurt me tender : la beauté du vol d'une compagnie tournée vers les étoiles

  • Écrit par Victor Waque

hurt me tenderPar Victor Waqué - Lagrandeparade.fr/ A l’orée du bois de Vincennes surgit un chapiteau rouge. Le chapiteau de la compagnie Cirkvost, invitée du festival « village de cirque » du 10 au 14 octobre 2018. On croirait qu’il touche les nuages, car ce chapiteau est haut perché. Normal pour une compagnie adepte de voltige. « Hurt me tender », nous raconte l’histoire d’une communauté pas comme les autres. Tournée vers les étoiles. Dont les corps déjouent les lois de la gravité.

Le spectateur se retrouve dans la peau d’un anthropologue observant une tribu amazonienne encore inconnue. Ce sont des hommes qu’il a devant les yeux, cela ne fait pas de doute. Mais le spectateur ne comprend pas leurs paroles. Ces individus ne cessent d’escalader les hauts piliers du chapiteau, de se pendre aux structures métalliques, se projeter, tourner en l’air. Se réceptionner, et recommencer, encore. Comme nous, ils possèdent deux bras et deux jambes, comme nous ils se disputent, jouent, partagent. Mais dans cet espace particulier qu’est le chapiteau, les artistes se sont totalement ré-appropriés les règles de vie. Ils proposent une nouvelle humanité. La tête en bas. Depuis leurs trapèzes, leurs bascules, leurs partenaires, ils s’envoient en l’air.

Les hommes ont de larges épaules. Les femmes la silhouette finement ciselée. Des corps qui soulignent l’exigence d’un cirque de haute voltige. La crispation des mains qui se joignent pour attraper un homme à pleine vitesse. Le choc des réceptions. Les artistes se percutent, se déforment, se heurtent. Pour à nouveau prendre de la hauteur. « Hurt me tender ». Blesse-moi tendrement. Tout est dit. Le paradoxe propre au cirque et aux activités physiques de haut niveau. La transmission d’émotions nécessite des heures de souffrance, d’effort et de préparation.
La blessure n’est jamais très loin de ce moment extatique dans les airs. Une trapéziste se balance, la tête en bas, tenue par les jambes. Progressivement le trapèze descend, la tête se rapproche du sol jusqu’à le frôler. L’image est magnifique. Mais risquée. Cirkvost souligne cette contradiction que l’on retrouve dans la vie quotidienne. Les personnages se frappent, se malmènent. Avec la volonté naïve de faire le bien.

« Hurt me tender » traite également de la force de l’entraide. Chaque geste, chaque regard, chaque partie du spectacle n’est possible que dans la relation à autrui. Tenir la corde pour sécuriser le trapèze ou accrocher un harnais. Se balancer dans les bras de son partenaire pour ensuite déclencher des rotations. Danser. Parler. Les musiciens nourrissent les acrobaties des artistes et participent à la prise d’altitude de la scène, à l’instar du guitariste qui finit son solo suspendu à plusieurs mètres de hauteur.
Pendant cette heure de vol, la chute est assumée. Elle fait partie du jeu. Sous les grands trapèzes sur lesquels se balancent les artistes, un grand filet assure la sécurité. Chacun viendra y tomber, se laissant chuter de plus de 5 mètres. Effrayant. Chaque artiste s’y élance à un moment ou un autre. On ne sait plus si la chute est involontaire ou fait partie du spectacle. Le filet se déforme en douceur. La chute elle reste violente. Mais que c’est beau ! Violence et douceur ne sont jamais très éloignées.

Depuis des cadres russes puis des trapèzes ballants, le spectacle prend progressivement de la hauteur. Il termine comme un feu d’artifice. Les corps volent de toutes parts. Tous les circassiens se lancent dans le vide. Lâchés. Rattrapés. Relancés. Jusqu’à la chute. Un ballet volant magnifique !

Dans ce monde où la voltige est au cœur des interactions, une communauté prend naissance. Nous observons son histoire. Le spectacle « Hurt me tender » offre un beau moment de cirque. A la fin, en sortant du chapiteau rouge, de merveilleuses images dans la tête, c’est le doux sentiment de légèreté qui demeure.

Hurt Me Tender (Points de Vue)
du CirkVOST
Création pour 10 acrobates aériens et 3 musiciens
Mise en scène : CirkVOST et Florent Bergal assisté de François Juliot
Acrobates : Benoit Belleville, Arnaud Cabochette, Théo Dubray, Sébastien Lepine, Jef Naets, Océane Peillet, Jean Pellegrini, Tiziana Prota, Elie Rauzier, Cécile Yvinec
Musiciens : Johann Candoré Kevin Laval, Lionel Malric
Création lumières : Simon Delescluse et Christophe Schaeffer
Technique : Simon Delescluse (lumières), Thomas Khomiakoff (chapiteau), Maxime Leneyle (son), Pierre Louet (régie générale)
Costumes : Anaïs Forasetto
Scénographie : CirkVOST et SideUp Concept
Spectacle / Création accueilli par La Verrerie, pôle national cirque Occitanie et l’établissement public de coopération culturelle Pont du Gard

Dates et lieux des représentations: 

- Du 11 au 14 octobre 2018 à Paris, Village de cirque 2r2c (75)
- Les 25, 26 et 27 octobre 2018 à CIRCa Auch (32)

- Du 9 au 21 juillet 2019 à 22h au Festival Villeneuve en Scène - Plaine de l'Abbaye Festival Avignon Off 2019

- Du 29 novembre au 15 décembre 2019 au Théâtre Firmin Gémier - Espace Cirque d'Antony

- 15 mars 2020 - Espace Chapiteau Parc Wunsiedel 48000 Mende - Scènes Croisées de Lozère


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