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FIBD 2016 : Lucky Luke vs Corto Maltese

  • Écrit par Julie Cadilhac

FIBD 2016Par Julie Cadilhac - Lagrandeparade.fr/ Une année de plus, la programmation des expositions du FIBD ne manquera pas d’enthousiasmer les amateurs du 9ème art.

Du côté de la Cité de la BD cette année, nous vous recommandons « Shapereader », une « expérience diégétique » passionnante. Ilan Manouch s’est au départ intéressé aux mal-voyants et à leur impossibilité à expérimenter l’émotion du dessin. Shapereader souhaite donc faire lire les dessins avec les doigts. Six tablettes sont présentées à la Cité de la BD qui permettent aux visiteurs de se familiariser avec cette expérience. Vous y découvrirez notamment le « Tactigram », une palette sur laquelle 21 formes d’émotions ( primaires ( la peur, la joie, la tristesse, la colère…) et subtiles ( la sérénité, le mépris, la douleur, le remords…) sont traduites en sensations tactiles. Expérimenter la « littérarité tactile », c’est possible cette année à Angoulême!

« Pures et Chastes », à l’étage du même bâtiment, est une exposition collective des étudiants du Master BD de l’EESI. L’objectif initial était «  d’interroger en BD les moeurs et les vertus d’hier, d’aujourd’hui et de demain. » Tout n’est pas convaincant mais votre oeil pourra s’arrêter comme nous sur « L’histoire de la grenouille » d’Hao Deng, « Le croque-mitaine » de Victoria Westhill, les planches sensibles de Quentin Rigaud et d’Emma Begin.

Débarquement au Musée de la BD où l’on vous conseille de ne pas faire l’économie d’un passage devant les travaux des élèves récompensés pour le Concours de la BD Scolaire, parrainée cette année par Clément Oubrerie et dans une scénographie de western…puisque le dernier ouvrage de l’auteur est « Il était une fois dans l’Est ». Victor Chagniot, Noémie Chust, Simon Roure…pour ne citer qu’eux épateront le visiteur de leur talent graphique et /ou scénaristique.

Juste à côté, « LASTMAN : UNIVERSE », toujours au Quartier Jeunesse, ravira d’abord les plus jeunes par sa mise en scène ludique. Jeux vidéos, torches pour visiter les lieux en mode nocturne, tablette graphique à tester pour les apprentis dessinateurs…jusqu’à la présence de silhouettes revêtues de longues robes noires encapuchonnées. Le ton est donné!

morrisEt puis c’est l’heure d’aller rendre visite au « Poor lonesome cowboy », dans L'ART DE MORRIS, qui a eu 70 ans en 2016. 300 millions d’exemplaires vendus, traduit en 30 langues, ce personnage mythique aujourd’hui se devait d’avoir son hommage au coeur de la ville de la BD. A coté des planches originales, des crayonnés et des panneaux explicatifs qui divisent en items très pédagogiques l’oeuvre de Maurice de Bevere, dit Morris. 

Amateur de cinéma et marqué par John Wayne, Morris déclarait avoir « toujours été un amateur de westerns ».Gary Cooper était son modèle avoué pour Lucky Luke. L’exposition rappelle aux néophytes que le cow-boy était au départ plutôt rond et doté de quatre doigts à chaque main, ce n’est qu’ensuite qu’il devint longiligne avec cette attitude impassible et flegmatique. Elle explique également  « les contraintes et les limitations techniques qu’imposait l’impression en couleurs » chez Spirou à l’époque et que cela avait forcé l’auteur à « limiter sa palette chromatique à des couleurs franches et contrastées » et à travailler en aplats….frappant ainsi davantage l’imaginaire et accentuant « les antagonismes entre les personnages ».  Morris et la caricature, Morris et les planches en gaufrier, Morris et sa narration graphique qui « est souvent géométrique » et qui use de formes simples, cercles, carrés, croix... que l’on peut s’amuser à débusquer dans les planches, Morris et le clair-obscur. Voilà ce qu’en peu de mots vous aurez l’occasion de (re)découvrir dans cette mise en lumière pertinente.

On sort de cette exposition nostalgique des parties d’échecs entre le cow-boy et son inséparable Jolly Jumper, de l’apathique mais fidèle Rantanplan, de cette cigarette complice, transformée en brin d’herbe en 1983, des incorrigibles Dalton et de la terrible Ma Dalton ou encore du gamin capricieux Billy the kid. 

Pour les enfants? L’expo ne manque pas de ressources…La scénographie est évidemment attrayante et les plus jeunes seront ravis de poser avec les figurines grandeur humaine de Lucky Luke et Joe Dalton. En outre, ici des planches sont rapprochées des photographies des sujets réels qui ont inspiré les personnages qui y figurent ( ex: l’acteur James Coburn qui a donné les traits d’un tueur à gages), là des panneaux qui initient au vocabulaire de la bd avec planches de Morris à l’appui ( plongée, contre-plongée, types de plan), des projections vidéos, des bds de Lucky Luke en libre consultation ou encore des puzzles divers ( il faut par exemple reconstituer une planche en remettant les cases dans l’ordre). 

Pour Morris, un bon dessin était obligatoirement parfait en noir et blanc

Vittorio Leonardo, un de ses coloristes

cortoDu côté de l’Espace Franquin vous attend l’aventurier au célèbre duffle-coat, le grand Corto Maltese. L’exposition choisit d’illustrer le travail d’Hugo Pratt en évoquant point par point ses sources d’inspiration et ses tremplins dans son parcours de dessinateur. On commence par rappeler l’importance des livres chez ce natif de Rimini qui possédait une « immense bibliothèque ». "« A Venise, j’étudiais, j’allais à l’école, je me montrais assez doué pour le dessin mais mon principal projet à cette époque, était de réussir à traverser toute la ville en passant par les toits. Je vivais pratiquement sur les toits, sous les tuiles, je gardais mes choses, mes journaux, mes livres. » ( Hugo Pratt, Une soirée avec Pratt, l’Orson Welles de la bande dessinée. L’Europe, octobre 1973." Ensuite, pour accompagner les nombreuses planches originales, crayonnés et illustrations, des panneaux explicatifs qui apprennent combien les oeuvres de Robert-Louis Stevenson, Rudyard Kipling, Milton Camiff, Jack London, William Shakespeare, William Butler Yeats, Baron Corvo, Hector Osterheld, Zane Grey, Kenneth Roberts ou encore Arthur Rimbaud ont imprégné le travail d’Hugo Pratt. Un mur est consacré également à Pif qui a relancé les aventures de Corto Maltese en France.

"« Corto est né de la réminiscence d’une histoire de marin puisée dans un film hollywoodien des années trente. Un jour, je me suis dit : « trouver un héros maritime en plein milieu du Pacifique est un début d’histoire extraordinaire. » ( Hugo Pratt, conversation avec Eddy Devolder, décembre 1989.)" Si le roman d’aventures est au coeur de l’inspiration de Corto Maltese, le dessinateur insistait aussi sur sa profonde attirance pour la poésie. Un poème pouvait être pour lui «  l’amorce ou la clé de l’histoire ». Il l’expliquait par les similitudes évidentes entre ces deux expressions artistiques : « Comme la poésie, la bande dessinée est un monde d’images » ; toutes deux unissent « un univers immédiat par l’image et un monde transmis par la parole ». Cette passionnante exposition s’achève sur la vidéo d’une interview de l’artiste et sur l’évocation en planches de la reprise de la série par Juan Diaz Canales et Ruben Pellejero dans un treizième tome intitulé « Sous le soleil de minuit ». 

HibanaFaîtes aussi un tour du côté du Quartier Asie pour voir les deux expositions :  « Li Chi Tak, un sorcier à Hong Kong » et « Hibana, Dans les coulisses d’un magazine manga » qui recèlent quelques bijoux graphiques dont votre oeil aurait tort de se priver! Dans les Caves du Théâtre d’Angoulême enfin, L’hommage à Katsuhiro Otomo, parrain de l’édition 2016, celui que l’on surnomme «  l’architecte du chaos » et le père d’Akira qui secoue le public français en 1990, est l’occasion de (re) découvrir le talent de dessinateurs divers, à l’encre de chine et au lavis notamment. 42 illustrateurs dont Vincent Mallié, Jiro Taniguchi, Juan Jimenez ou encore Olivier Coipel revisite l’oeuvre d’un Maître qui a réinventé « une nouvelle sémiologie graphique » du manga, inspirée notamment de l’oeuvre de Moebius. 

Enfin, du côté de l’Hôtel Saint-Simon, arrêt obligatoire à l’exposition du travail de Jean-Christophe Menu, auteur majeur de la bande-dessinée alternative. Décalé, déjanté et drôle à souhait….sans compter la finesse du propos et le génie du découpage qui est souvent un « joyeux bordel organisé ». Venez rencontrer Omelette, Momok, Mune - la lune toujours complice qui hante ses cases. Et jetez donc un oeil  à son « Exercice Deug Arts Plastiques » et son mémoire de maîtrise qui en disent long sur le talent déjà précoce de cet auteur…et vous apprécierez également son « cours de bande-dessinée -1990 ». Filez rencontrer celui qui affirme que «  quand on en a marre de rêver tout le temps la même chose, on supprime les cases » ou encore que « L’autobiographie, ça ne se fait pas à la légère. C’est tout ou rien. Alors bien sûr c’est un peu dangereux ». Vous ne serez pas déçu(s)!

 

L'ART DE MORRIS Musée de la bande dessinée d’Angoulême / Du 28 janvier au 18 septembre 2016

Production : 9eArt+ / Cité internationale de la bande dessinée et de l’image / Lucky Comics / Commissariat : Stéphane Beaujean et Jean-Pierre Mercier 

LASTMAN : UNIVERSE Quartier Jeunesse, Chais Magelis / Du 28 au 31 janvier 2016

Production : 9eArt+ / Casterman / Commissariat : Thomas Mourier / Scénographie : Élodie Descoubes

HUGO PRATT, RENCONTRES ET PASSAGES Espace Franquin, salle Iribe / Du 28 au 31 janvier 2016

Production : Musée Hergé / 9eArt+ / Commissariat : Patrizia Zanotti et Sophie Tchang / Coordination : Maria-Grazia Lacidogna

HOMMAGE À KATSUHIRO OTOMO/ Caves du Théâtre d’Angoulême / Du 28 au 31 janvier 2016

Commissariat : Nicolas Finet et Julien Brugeas / Scénographie : Bruno Pujat / Production : 9eArt+ / Galerie Glénat

HIBANA, DANS LES COULISSES D'UN MAGAZINE MANGA / Quartier Asie / Du 28 au 31 janvier 2016

Commissariat : Nicolas Finet / Coordination à Tokyo : BCF - Bureau des copyrights français / Scénographie : Bruno Pujat / Production : 9eArt+ / Partenaire : Shogakukan

LI CHI TAK, UN SORCIER À HONG KONG / Quartier Asie / Du 28 au 31 janvier 2016

Commissariat : Nicolas Finet et Connie Lam (Hong Kong Arts Centre) / Scénographie : Bruno Pujat  / Production : 9eArt+ , Hong Kong Arts Centre / Partenaires: Kana, Hong Kong Arts Centre, Mr Nelson Leong, Create Hong Kong, Hong Kong Comics & Animation Federation

ILAN MANOUACH - SHAPEREADER / Rotonde du Vaisseau Moebius, 121, rue de Bordeaux / Du 28 au 31 janvier 2016

Production : 9eArt+ / Commissariat et scénographie : Ilan Manouach

JEAN-CHRISTOPHE MENU / Hôtel Saint-Simon / Du 28 janvier au 28 février 2016

Production : 9eArt+ / Commissariat et scénographie : Jean-Christophe Menu


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