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La vieille anglaise et le continent : un texte poignant, rageux, original, à la narration impeccable, à (re)découvrir !

  • Écrit par : Sylvie Gagnère

Par Sylvie Gagnère - Lagrandeparade.com/ Dans ce futur peut-être pas si lointain, la science permet d’effectuer des transmnèses, le transfert de l’esprit d’un individu dans un nouveau corps. Ann Kelvin, une vieille Anglaise très riche, est en train de mourir. Cette ancienne professeure, écologiste radicale (sans doute la qualifierait-on d’éco-terroriste aujourd’hui), se voit proposer un deal par son ex-étudiant, ex-amant, Marc : réaliser une transmnèse et intégrer la dépouille d’un grand cachalot. Elle pourrait ainsi sillonner les mers, piéger les braconniers, et inoculer aux baleines un virus inoffensif pour elles, mais qui s’attaquerait aux personnes qui les consommeraient. 

C’est la voix de Marc qui nous guide d’abord, avant d’alterner avec celle d’Ann/le cachalot qui nous conduit des profondeurs des abysses aux eaux glacées des continents extrêmes. 
La magie opère : on s’attache à l’animal – l’humaine ? – on ne sait plus très bien tant elle nous entraîne dans cette expérience incroyable : être un corps masculin pour une femme, être un corps animal pour un humain. 

Ann/le cachalot va découvrir que les limites éthiques sont franchies sans le moindre scrupule par des individus riches et puissants. Dans son identité féminine, comme dans celle du mâle cétacé, c’est elle/lui qui décide, et qui se bat pour les idéaux auxquels elle/il a tout sacrifié, et en particulier la cause animale. Le sauvetage des cétacés est une bataille qui mérite qu’on la mène, quel que soit le prix à payer. Son combat devient le nôtre, un combat social, politique et personnel. 

Jeanne A. Debats réussit un tour de force : nous faire aimer un personnage qui n’est pourtant pas très sympathique, grâce à une écriture superbe, poétique et engagée, qui nous offre une immersion incroyable, où nous ressentons les sensations du grand cachalot, la douleur comme le plaisir, nous émerveillons avec lui en visitant le « continent cétacé ». La tonalité douce-amère de la fin nous laisse un goût âcre, teinté de colère et d’envie de se battre. 

Les thématiques abordées ici sont puissantes : l’écologie, bien sûr, le choix de l’action violente ou non, l’éthique, l’identité de genre, l’identité humaine vs l’identité animale. 

Ce premier roman a obtenu le Prix Julia Verlanger, le Prix Rosny aîné et le Grand prix de l’imaginaire. Et c‘est mérité, tant cette lecture reste en mémoire – et est toujours d’une brûlante actualité, presque vingt ans après sa première parution. Merci à ActuSF d’avoir pris le pari de republier ce texte, avec la magnifique couverture de Melchior Ascaride.

La vieille anglaise et le continent  
Autrice : Jeanne A. Debats
Éditions : ActuSF
Collection : Nagori 
Parution : 26 mai 2026
Prix : 10,90 € 

 


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