Le gang des voleurs de cornes : une histoire de « rhino » pas très rosse
- Écrit par : Guillaume Chérel
Par Guillaume Chérel - Lagrandeparade.com/ En 2007, on a recensé 13 rhinocéros tués. En 2010, vingt-cinq fois plus : ils sont 333. Et ça n’a cessé d’augmenter de manière exponentielle. En 2011, ils sont 448. Plus les animaux meurent, plus leur corne prend de la valeur. Le cercle infernal est en place. Dans les années 2010, le prix de la corne a atteint des sommets, tandis que le nombre de rhinocéros surcontinuait de fondre.
En 2012 : 668 ; 1003 en 2013. En 2014, les chiffres grimpent à 1215 rhinocéros. Plus de trois par jour. Quand ils ne sont pas tués vivants, les musées sont pillés. Puis les antiquaires. Un trafic mondial de cornes de rhinocéros est en cours. Il brasse des millions. Un peu comme le vol de cuivre en ce moment…
Europol est sur le coup. Un journaliste français également. Hugo Nazarenko Sas a voulu écrire un livre le style « non-fiction », courant littéraire en vogue depuis des lustres, mais il manque de plume. Il ne mène pas vraiment une enquête, il rend compte des faits. A savoir les dessous de ce trafic mondial de cornes, où se croisent des hommes prêts à exploiter sans scrupule ce nouveau marché pour l'argent et le pouvoir. Pourtant, ces hommes n’étaient pas n’importe qui.
Il s’agit de la communauté des « travellers », issus d’un petit village en Irlande, nommé Rathkeale. Pas des gitans – ni tsiganes -, originaires de l’Inde. Encore moins des manouches, qui viennent d’Europe de l’Est (les fameux « Roms »). Des gens du voyage, à la base, sédentarisés par la force des choses, qui se présentent comme des hobbits (sic !). Pour se faire une idée, il faut penser aux gypsy à l’anglaise, parfaitement illustrés dans « Snatch : tu braques ou tu raques » (2000), ce film de Guy Ritchie, avec Brad Pitt, dans le rôle d’un gitan irlandais, champion de boxe à mains-nues, au phrasé incompréhensible. Le sujet était là, d’où le titre : « Le gang des voleurs de cornes ». Il méritait d’être davantage exploité, développé, mis en valeur. Malheureusement, ou bien ses représentants n’ont vraiment pas voulu parler, une fois sorti de prison, ou bien l’auteur n’a pas su s’y prendre…
Mais revenons à nos « rhinos ». Entre 2010 et 2015, les vols de cornes se sont multipliés dans toute l'Europe, on l’a vu. Les cambrioleurs sont allés jusqu’à s’en prendre aux trophées de chasse, dans les muséums d'histoire naturelle, on l’a vu. Au grand étonnement des conservateurs, car la corne, composée de kératine (comme nos ongles et nos cheveux) n’est pas de l’ivoire, donc semble dépourvue de toute valeur. Ce qu'ils ne savent pas, c'est que de l'autre côté du globe, en Asie, on se l'arrache comme de l’or.
Tout part d’une croyance, en Chine, raconte l’auteur : « Depuis Li Shizhen (XVIème siècle), la corne de rhinocéros est devenue un incontournable dans les familles chinoises. On cherche à s'en procurer par tous les moyens pour soigner les petits maux. Elle constitue un médicament de base de la trousse à pharmacie. Avant même les premiers traités pharmacologiques, on lui prêtait une autre vertu, plus mystique encore. La corne avait la réputation de combattre les poisons. Au temps des intrigues du palais, dans une Chine éclatée entre des centaines de seigneuries – où les jalousies, les coups bas, les luttes de pouvoirs et les trahisons sont monnaie courante -, l'antipoison devient indispensable. Si vous mettez un peu de poudre de corne de rhinocéros dans votre coupe et que le contenu se met à mousser, c'est qu'on cherche à vous empoisonner. ».
Ne manquait plus qu'un gang de pieds nickelés irlandais, pour alimenter la filière. Genre Rapetou sans limite, ni vergogne. On imagine ce qu’aurait pu faire de ce gang de bras cassés un Hunter S Thompson, dans le style gonzo. Il nous aurait plongés dans une chasse à l'homme haletante, aux quatre coins du monde, sur les traces de ces dingos avides d’argent vite dépensé. Et à la fin, il se serait fait casser la g… comme dans son reportage sur les Hells Angels (1967). Or, ce long article est bien documenté, notamment sur les ramifications, au fil des siècles, mais l’expression écrite est platement journalistique. C’est instructif mais décevant littérairement, répétons-le. Les éditions Marchialy nous ont habitués à mieux.
Le gang des voleurs de cornes
Editions : Marchialy
Auteur : Hugo Nazarenko Sas
244 pages
Prix : 21, 50 €
Parution : 20 août 2026






