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Le désert des couleurs : un roman remarquablement original, des personnages formidables, une ambiance douce-amère très réussie, à découvrir absolument !

  • Écrit par Sylvie Gagnère

désert des couleursPar Sylvie Gagnère - Lagrandeparade.com/ Le désert des couleurs s’étend tout autour du volcan où se sont réfugiés les survivants de l’humanité. Parce que le désert recouvre tout. Parce que, surtout, chaque grain de sable est un souvenir perdu et oublié. Marcher dans les dunes, c’est voir sa mémoire disparaître, lambeau par lambeau, jusqu’à s’anéantir dans l’oubli total. Mais le sable gagne du terrain, monte le long des pentes du volcan. Kalbaraï, le mimorian né de l’union d’une femme de la cité avec le marchand de sable, est un porteur de mémoire, qui peut traverser le désert sans oublier, mais en vieillissant terriblement vite. Il sera le compagnon et le soutien d’Irae, sa demi-sœur, qu’il connaît à peine, le gardien de son intégrité mémorielle. En compagnie de Secrétaire, un oiseau télépathe, ils entreprennent le long voyage qui pourrait les mener à la fabuleuse Alnaïr, où ils espèrent trouver de l’aide pour leur peuple, menacé de disparition.

Deux personnages, une traversée du désert. Le rythme est celui de leur lutte pour avancer au cœur de ce paysage hostile, lent souvent, mais fort. Fort parce que les liens qu’ils vont créer, entre colère, souffrance, espoir et amour sont de ceux qui vous embarquent le cœur tout autant que la tête. L’univers est d’une originalité remarquable, l’idée de ce désert où les humains perdent petit à petit tout ce qui fait l’essence de leur vie, leurs expériences, leurs sentiments, chaque moment de leur existence, l’un après l’autre, est d’une beauté saisissante. Les hommes ont saccagé la planète à force de massacrer la nature et les animaux. Le sable les détruit à son tour, les contraignant à mourir vides. Kalbaraï, capable de préserver les souvenirs et de les restituer, permet à l’autrice d’immerger complètement son lecteur dans ce monde, en le plaçant dans une situation identique à celle d’Irae : nous découvrons le passé de la jeune fille, et celui de la Terre, au même rythme que les deux protagonistes. Au fil de ces restitutions, leurs histoires se reconstituent, avec une réflexion subtile sur la sincérité/la réalité des souvenirs, en particulier traumatiques.

Kalbaraï comme Irae sont des personnages puissants, qui marquent durablement la mémoire, grâce à une justesse de sentiments et de ressentis remarquable. Très différents l’un de l’autre au premier abord, Kalbaraï le lumineux et Irae la sombre vont s’apprivoiser, à mesure qu’ils parviendront à se connaître et à découvrir leurs secrets. Leur relation, dure et belle, est formidablement émouvante.

La dénonciation de la folie des humains et de leur cruauté est bien sûr au cœur du récit, mais l’essentiel est aussi (surtout) dans cette graine d’espoir semée : la résilience est possible, se reconstruire est possible, retrouver l’amour et la solidarité est possible, un avenir est possible, pour peu que l’on consente à faire la paix avec son histoire et à apprendre des erreurs passées.

Aurélie Wellenstein aborde une nouvelle fois des sujets durs, mais offre ici une espérance ténue et vivace en même temps, portée par une fin bouleversante et très belle.

Comme toujours, une mention spéciale à la superbe couverture d’Aurélien Police !

Le désert des couleurs 
Autrice : Aurélie Wellenstein
Illustration de couverture : Aurélien Police
Éditions : Scrineo
Parution : 20 mai 2021
Prix : 18,90 €

 


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