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De la chair à l’horloge : un recueil de nouvelles savoureux, pour ne pas passer à côté d’un auteur à découvrir (ou redécouvrir)

  • Écrit par Sylvie Gagnère

horlogePar Sylvie Gagnère - Lagrandeparade.com/ Après L’amour, la mort et le reste, Malpertuis poursuit son exploration de l’univers de Bruno Pochesci. 12 nouvelles sont présentées ici, dont une inédite et parcourent toute la palette de l’inspiration de l’auteur.

Leurs points communs ? Une prédilection pour le triturage de langue, mots inventés, grammaire martyrisée, un joyeux et cohérent contournement des codes. Une imagination qui ne semble s’octroyer aucune limite, surtout pas celles du bon goût et de la bienséance. Des thèmes arrachés au quotidien et à l’actualité, ancrés au cœur de la réalité ou l’envoyant valser avec jubilation.
Bruno Pochesci séduit souvent, agace parfois quand sa prose paraît relever du procédé, mais il possède un univers et un style bien à lui, qui finissent la plupart du temps par convaincre !

On trouve dans cet ouvrage de la nouvelle horrifique (« Ronronnements infernaux » - particulièrement réussi, avec une montée en puissance très maîtrisée), du récit fantastique (le prenant « De la chair à horloge » qui donne son titre au recueil, subtil et original), de l’histoire de zombies (« Mondo zombie », classique mais efficace, « Le grand trognon », qui s’appuie sur une idée pour le moins innovante, ou le drôlissime « Zombies en beaujolais », qui égratigne – gentiment – le microcosme du milieu SF français), ou encore de la rencontre improbable (« Têtes de gondoles » où Casanova et le Marquis de Sade rivalisent de bons mots et de truculence).

« L’escalator », la nouvelle inédite, nous aurions pu, nous aurions dû la détester en ce qu’elle s’inspire de la pandémie qui ravage notre quotidien, mais elle nous a cueilli.e.s dans sa construction impeccable et son originalité.

Et puis, on trouve aussi de l’émotion, quand l’écriture se met au service d’un sujet qui prend aux tripes. Notre premier coup de cœur va à « La Porte des éléphants » où un vieil homme pleure la disparition des éléphants, en Afrique. Sa petite-fille fuit la misère et les persécutions, avant de devenir la généticienne qui redonne vie aux majestueux pachydermes. C’est un texte plein d’espoir, un hommage aux cultures ancestrales et au métissage, porteur d’une sensibilité remarquable. Notre second coup de cœur sera pour « Verflucht sei der Krieg » (« Maudite soit la guerre »), une nouvelle brillante, au postulat très original, une dénonciation sans concession de la guerre, des guerres, de toutes les guerres, sans la moindre mièvrerie, qui parvient à scotcher le lecteur jusqu’à un final surprenant – et très réussi !

Bruno Pochesci, c’est un univers à lui tout seul, un subtil dosage de dérision, de sexe, d’émotion, de pochade et de tendresse. On peut avoir parfois l’impression qu’il s’abandonne peut-être à la facilité, qu’il cède à des effets, mais on se fait malgré tout cueillir au détour d’une page, par une profondeur et une originalité indéniables.

Si vous ne le connaissez pas encore, découvrez-le vite, une chose est certaine : il ne laisse pas indifférent !

De la chair à l’horloge
Auteur  : Bruno Pochesci
Éditions  : Malpertuis
Collection : Brouillards
Parution  : 26 septembre 2020
Prix  : 16 €

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