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Le chant des Fenjicks : un univers riche qui ne satisfait pas toutes ses promesses

  • Écrit par Sylvie Gagnère

le chantPar Sylvie Gagnère - Lagrandeparade.com/ Les Fenjicks, de magnifiques créatures cosmiques, sont en voie d’extinction. Traqués par les Chaleks, ils sont capturés, équipés d’une IA et transformés en vaisseaux. La servitude les a conduits à une quasi-disparition. Pourtant, leur chant demeure et va atteindre les cybersquales ; la révolte gronde…

L’univers de ce roman est formidablement riche et plein de promesses. On croise de nombreuses espèces, au physique et aux cultures très différentes. Félidées, sauriens, lézards, squales, humains… chaque race possède ses caractéristiques propres et l’autrice réussit à faire passer ces éléments avec brio, y compris au niveau de la langue. Pour les espèces non-genrées, elle utilise le langage épicène et y ajoute des pronoms originaux (mæ pour mon/ma, unæ pour un/une, li pour le/la, ciel pour celui/celle…). Pour les félidées, une société où le genre féminin dirige, l’autorité est toujours au féminin. C’est parfaitement justifié, un peu déroutant au départ, mais on s’y fait très vite, et la cohérence entre le système linguistique et les pratiques sociales et culturelles du groupe qui l’emploie sont évidentes.

Le premier tiers du livre est consacré à deux personnages, que l’on suit avec intérêt, leurs voix s’exprimant en alternance, en plongeant le lecteur dans cet univers plein de surprises et d’originalité. Ils s’interrogent, questionnent leur société, leur place, leur rôle, évoluent au fil de leurs rencontres et de leurs aventures. Mais voilà que ces personnages s’effacent quasiment, tandis que cybersquales et fenjicks deviennent les acteurs principaux de l’histoire. En soi, c’est une excellente idée et la réflexion sur ce que l’on peut, ou non, infliger à un être vivant, est profonde et très juste. Qu’est-ce qui définit un être sapiens ? Mais l’ensemble se noie dans une succession de chapitres très courts, où les protagonistes se multiplient, tant et si bien que l’on a du mal à les différencier et individualiser. De nombreux personnages, parfois à peine effleurés, interviennent, pour disparaître presque aussitôt, il est alors quasiment impossible de s’attacher à l’un ou l’autre. Le récit devient très confus, tandis que se succèdent des scènes d’actions spectaculaires et très dynamiques, mais qui prennent tant de place qu’elles en étouffent un peu le message à mes yeux fondamental de l’ouvrage : la tolérance, le droit à la liberté, le respect de toute forme de vie et d’intelligence.

Une lecture mitigée donc, qui passionne au début du roman, mais dont on ressort frustré, avec un sentiment d’inachevé très fort. La fin semble également bâclée, ou à tout le moins sans aucune vraie résolution des intrigues nouées.

Le chant des Fenjicks
Autrice : Luce Basseterre
Éditions : Mnémos
Collection : Icares
Parution : 18 septembre 2020
Prix : 21 €

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