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Quitter les monts d’Automne : un space op’ original, à la très belle écriture, subtile et poétique

  • Écrit par Sylvie Gagnère

quitterPar Sylvie Gagnère - Lagrandeparade.com/ À la mort de ses parents, la jeune Kaori est recueillie par sa Grand-mère, qui vit dans les Monts d’Automne. Héritière d’une célèbre lignée de conteuses, elle désespère de n’avoir pas encore connu le « Ravissement », ce moment où le « Dit » se révèle à celle qui devient conteuse. Le « Dit » permet d’accéder à une forme de mémoire héréditaire, les mythes, légendes et récits qui tissent la culture, que la conteuse partage avec un public passionné. Sur sa planète, Tasai, comme sur tous les mondes du Flux, l’écriture est un tabou absolu, passible de mort, le rôle des conteuses est par conséquent très important. Sans le « Dit », Kaori ne peut embrasser cette profession et elle doit se résigner à devenir danseuse. Un rêve récurrent cependant s’impose souvent à elle : une femme en mauve peint d’étranges signes sur du papier. La disparition de ses parents reste une énigme pour elle, qui a perdu tous ses souvenirs. Au décès de sa Grand-Mère, Kaori hérite d’un objet interdit : un rouleau de calligraphie. Sa seule possession peut la faire condamner à mort par les Talankés, les gardiens du Flux. La jeune fille ne peut pourtant se résoudre à s’en séparer, et elle décide d’aller à la capitale pour tenter de percer les secrets du rouleau, et élucider le mystère qui entoure ses origines. Son aventure la mènera bien plus loin qu’elle n’aurait pu l’imaginer…

La première partie du roman a des allures de fantasy initiatique, marquée par une inspiration japonaise, dans une société définie par des codes très stricts et un système fortement hiérarchisé, où chacun connaît sa place et les règles qui en découlent. Kaori, malgré une petite tendance à l’indiscipline, se fond dans ces principes rigides. Ses aventures pourtant la conduiront à rencontrer des gens venus d’autres cultures, d’autres planètes qui l’encouragent à questionner ce qu’elle tenait pour acquis. On passe alors vers une pure SF, un space op’ aux multiples rebondissements, dont les fils, tel un puzzle, permettront à la jeune fille de comprendre son monde, et l’ensemble des mondes qu’elle découvre.
Ce qui frappe d’abord à la lecture de Quitter les monts d’automne, c’est l’extraordinaire qualité de l’écriture d’Émilie Querbalec. Que ce soit dans le soin apporté aux plus petits détails, qui construisent un décor criant de vérité, ou dans la minutie poétique qu’elle met à décrire les états d’âme de son héroïne, c’est ce qui fait la force de sa narration. Elle excelle à dépeindre un mouvement de danse, la lumière qui sublime un paysage, les tourments et les questionnements de Kaori. Le roman emporte le lecteur dans les interrogations de Kaori, avec au cœur du récit le thème de la mémoire, de la transmission générationnelle et culturelle, du rôle des mots et de l’écriture. Nous découvrons en même temps que Kaori les réponses aux multiples questions qu’il s’est posées et l’univers, d’une belle originalité, prend sens pour lui. Nous exprimerons un seul (petit) regret : nous aurions aimé que Kaori s’émancipe davantage, devienne plus actrice de sa vie et de ses choix. Il semble qu’elle reste trop prisonnière des désirs et des décisions des autres, trop passive vis à vis de ce qui lui arrive, malgré quelques velléités d’émancipation. Sans doute peut-on aussi considérer que la culture dont elle est originaire conditionne ses réactions à ce point. Pour autant, son évolution est très crédible et les sentiments qui l’animent parfaitement rendus.

Quitter les monts d’Automne
Autrice : Émilie Querbalec
Éditions : Albin Michel Imaginaire
Parution : 2 septembre 2020
Prix : 21,90 €

 


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