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Eden : la GenZ vue d’en haut

  • Écrit par : Guillaume Chérel

Par Guillaume Chérel - Lagrandeparade.com/ Eden, le personnage du titre éponyme de Pierre Ducrozet (Prix de Flore 2017), est un jeune marseillais d’une vingtaine d’années qui « zone », comme le veut le cliché, entre deux immeubles (que l’on imagine des quartiers Nord).

Il porte un survêt Adidas et des Stan Smith « râpés sur les côtés, un tee-shirt froissé avec le visage du rappeur Tupac. » Jul eut été plus approprié, pour paraitre vraisemblable mais bon, pourquoi pas. La GenZ, que l’on disait ignare, avant les manifs, sait apprécier le style vintage et les icones qui se veulent rebelles. Au début, on se laisse prendre par le mal-être de ce métis aux cheveux « crépus, coupés courts, en auréole sur la tête ». Puis, très vite, on réalise que l’auteur, né à Lyon, ne connait pas bien Marseille, dont il s’échine pourtant à décrire les rues. C’est gênant : On ne dit pas quartier ou « Joliette » mais « la » Joliette, par exemple. Un bon correcteur aurait relevé ce premier détail. Le problème, c’est qu’il y en a d’autres et quand on vise la perfection, ça fait désordre.

Or donc, le jeune désenchanté erre dans la cité phocéenne, entre deux battles de hip-hop à la Friche de la Belle-de-Mai, un des quartiers les plus pauvres de la ville (c’est à peine relevé). Il vole du cuivre pour survivre, fume des pétards avec ses potes de galère, jusqu’à ce qu’on apprenne que sa mère, Amalia, est une géographe de renom, obsédée par le rêve de trouver une nouvelle terre (rapport à Eden) - une cité idéale dans laquelle cohabiteraient toutes les espèces vivantes – située en direction de l'océan Pacifique. C’est là que le récit va dériver dans ce qui se veut être un roman pétri de bons sentiments, teinté de bon sens écolo toussa… Le gentil garçon, de père inconnu, mais qui a une « demi » grande sœur, Anna, abandonnée elle aussi par leur « môman » (trop libre, trop émancipée), est enlevé par de méchants « vrais » voyous, eux, qui le bastonnent parce qu’il a empiété sur leur territoire. C’est alors qu’un puissant dirigeant d'une compagnie maritime, Sören Duval (gros clin d’œil à Rodolphe Saadé de la CMA-CGM), qui la joue cool comme Mathieu Pigasse, le millionnaire de « gôche caviar », le contacte pour lui proposer de rejoindre sa mère, à bord d'un porte-conteneur. L’idée est de la convaincre de… on ne sait plus trop quoi.

Pourquoi ne lui offre-t-il pas un billet d’avion ? Pas moins polluant, somme toute, qu’un gigantesque navire sur des semaines de traversée. A partir de là, le récit est invraisemblable. Eden est censé découvrir le monde (en fait, la mer) et une « poignée de personnages aux destins inoubliables », nous suggère la note d’intention de l’éditeur (par ailleurs de bonne réputation). A savoir d’authentiques matelots, prolos, venus du monde entier, et exploités parce qu’ils n’ont pas eu d’autre choix. Dans ce cargo, qui l'emmène à Jakarta, Eden ne fait pas grand-chose, à part se lier d’amitié avec le brave Issa, mais aussi Hamza, Ansha, Hilal, Arjun, des exilés qui vont tous lui raconter leurs « chemins de vie » (sic !), qui auraient pu être celui de leur mort : « Je suis né au Tchad. Je suis né au Tchad, il murmure. J'étais parti seul, je voulais pas emmener mon frère ou ma soeur dans cette galère. Je suis parti vers la Libye… Issa semble porté par une grâce maladive et une tristesse quasi souveraine à force d'être. Son français – qu'il a appris tout petit à l'école, et affûté sur les marchés… J'ai été pris sur un chemin. Ils m'ont vu, c'est leur métier. Ils m'ont attrapé, tabassé, et ils m'ont foutu dans la cale d'un navire. Éden se tait ; il est pris… ». Pas nous, et c’est bien le problème. Morale de l’histoire : tout le monde ne peut pas s’appeler Martin (rapport à Eden…).

Eden
Editions : Actes Sud
Auteur : Pierre Ducrozet
245 pages
Prix : 21 €
Parution : 19 août 2026


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