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Hafid Aggoune et Anne Frank : Ecrire c’est résister

  • Écrit par Guillaume Chérel

Anne FPar Guillaume Chérel - Lagrandeparade.fr/  Hafid Aggoune, remarqué pour ses premiers romans (publiés chez Farrago, Denoël et Joëlle Losfeld), est un « ange vert » - surnom donné à Dominique Rocheteau, au milieu des années 70, lors de « l’épopée des Verts »…. (Oui, c’est du foot. L’auteur de « Anne F. » aime le foot). Un Ange, parce qu’il réussit le tour de force de ressusciter Anne Frank, disparue à l’âge de quinze ans dans les camps de la mort… Et Vert parce que Stéphanois comme l’attaquant Rocheteau, dont il partage la grâce. Rien ne semble pouvoir l’empêcher de continuer à jouer/écrire, malgré les pires tacles de la vie. Hafid Aggoune résiste en driblant avec les mots et son époque… En surfant sur la réalité et la fiction.
Après un attentat commis par l'un de ses élèves, un professeur est au bord de l'effondrement. Rongé par la culpabilité, décidé à en finir, il redécouvre un soir le Journal d'Anne Frank. Bouleversé par son actualité et sa vivacité, il se met à écrire à sa « petite soeur juive ». Lui qui est aussi kabyle… et français bien sûr. Le pays de la Déclaration des Droits de l’Homme, il semble utile de le rappeler par les temps qui courent. Bref, citoyen du monde. Un être humain aux prises avec l’enfer des autres. Joli prétexte pour écrire sur la vie de son père, subitement devenu marathonien. Courant comme Forrest Gump… Après quoi ? Sa jeunesse perdue peut-être. Ou sa langue perdue en Algérie. Car à la différence de son père, immigré algérien, le narrateur est né en France. Il a appris à lire en français : « Plus je lisais et plus j’aimais lire. Plus j’écrivais, plus je me sentais français et rien d’autre. ».
Anne Frank aussi aimait lire et écrire mais elle n’a pas eu le temps de devenir écrivaine. Et son père lui a survécu. Hafid Aggoune imagine la détresse et la désolation d’Otto Frank, ignorant tout du sort de sa femme et de ses filles, le 27 janvier 1945. Ce sont les mots écrits de sa fille qui le sauveront, pense-t-il.  Des mots qui ont fait renaître son père. Entre les lignes, la jeune Anne Frank survit grâce son plaisir/besoin/désir d'écrire, avec la volonté de devenir une femme indépendante et forte, et son espérance d'un monde meilleur. Ce roman écrit simplement, sans effets de plume, ni fioritures, interroge notre actualité, invite à la réflexion, et ravive le courage de continuer à y croire. Abandonner ou résister ? demande-t-il à la fin de ce récit poignant. Anne Frank a répondu par l’écriture. Ecrire, c’est résister, bien sûr. « Anne F. » est une déclaration d’amour à la littérature.

Anne F.  de Hafid Aggoune
Editeur : Plon, collection Miroir, 147 pages, 15, 90 euros


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