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« Le cerf-volant » de Laetitia Colombani : l’ode joyeuse à la féminité

  • Écrit par Serge Bressan

imagePar Serge Bressan - Lagrandeparade.fr / Avant de prendre la direction de l’Inde, il y a les mots d’Albert Camus : « Ne marche pas devant moi, je ne te suivrai peut-être pas. Ne marche pas derrière moi, je ne te guiderai peut-être pas. Marche à côté de moi et sois simplement mon amie », et ceux de Rabindranath Tagor : « Le malheur est grand mais l’homme est plus grand que le malheur ». La page suivante, on se retrouve dans le village de Mahäbalipuram, district de Kanchipuram, Tamil Nadu, Inde. On est en compagnie de Léna, elle « s’éveille avec un sentiment étrange, un papillon dans le ventre. Le soleil vient de se lever sur Mahäbalipuram. Il fait déjà chaud dans la cahute adossée à l’école. Selon les prévisions, la température devrait avoisiner les 40 degrés au plus fort de la journée… » Ainsi commence « Le cerf-volant », nouvel et troisième roman de la scénariste-réalisatrice Laetitia Colombani. Un livre qui fait suite aux best-sellers que furent « La Tresse » (2 millions d’exemplaires vendus, traduit dans 40 pays) et « Les Victorieuses », et qui, à peine arrivé en librairies, figure à la première place des ventes. 

Récemment dans un mensuel parisien, la romancière évoquait la genèse du « Cerf-volant », ode joyeuse à la féminité : « Quelques années après la sortie de « La Tresse », un instituteur français à la retraite m’a écrit que ce roman l’avait bouleversé. Il avait ouvert en Inde une école privée pour les enfants des « intouchables », qui ne sont pas scolarisés, ou dans des conditions si pénibles que ça les décourage. Aujourd’hui encore, ils sont discriminés et maltraités, dans les grandes villes et plus encore les villages. Avec double peine pour les petites filles. En février 2020, j’ai visité son école lors d’un voyage en Inde où se mélangent partout le sublime et l’effroyable et à mon retour, j’ai commencé à écrire ‘’Le cerf-volant’’ ». Avec habileté, Laetitia Colombani a construit un roman aux multiples ingrédients, de l’épicé et du sucré, de l’amer et de la douceur.

Au cœur du livre, Léna- un drame a fait basculer son quotidien, elle décide de tout quitter. Pour (tenter de) se reconstruire, se retrouver, direction l’Inde, plus précisément les bords du Golfe du Bengale. Bousculées par le passé, ses nuits sont éprouvantes ; alors, le matin, Léna va nager dans l’océan. Et chaque matin, sur la plage, elle aperçoit une petite fille qui joue, seule, avec un cerf-volant. Une petite fille d’à peine 10 ans, orpheline d’une mère videuse de latrines et d’un père chasseur de rats…
Et puis, un jour, Léna est prise par le courant, elle va se noyer… La petite fille alerte. La Red Brigade (un groupe d’autodéfense féminine) sauve Léna qui, lorsqu’elle veut remercier la fillette, découvre que celle-ci travaille dans le restaurant d’un cousin. Elle travaille telle une esclave, n’a jamais fréquenté l’école, est enfermée dans le mutisme. Alors, Léna se met en tête de percer le mystère de cette enfant, se met en quête de son histoire avec l’aide de Preeti, la cheffe de la Red Brigade au fort caractère. Et, hier enseignante, elle va tout faire pour apprendre à lire et écrire à la petite fille. On lit : « Contre le manque d’instruction des filles, elle ne sait pas comment lutter. Il est des combats qu’on ne gagne pas avec les poings et les pieds ». Dans une société dont elle ignore tout, va-t-elle parvenir à faire sortir la fillette de ce destin de sous-être humain qui lui est promis ? Héroïne un brin utopiste, Léna est habitée par le rêve qu’on peut changer la vie d’une personne par l’éducation- au fil des jours, elle passera de l’espoir à la colère, persuadée qu’une société n’est pas à jamais fermée, bloquée, « elle n’a nulle autre certitude que celle-ci : il faut croire que tout est possible, et continuer à avancer ».
Roman de lumière, « Le cerf-volant » pointe cette Inde, plus important marché au monde pour la main-d’œuvre enfantine, où les filles sont les premières victimes. Cette Inde où le viol est devenu un sport quasi national, où le droit des femmes et des enfants est régulièrement bafoué… Laetitia Colombani affirme être « une féministe pacifique », elle a écrit le roman indispensable d’une rencontre, d’une réparation… et aussi, et surtout celui de la sororité.

Le cerf-volant
Auteure : Laetitia Colombani
Editions : Grasset
Parution : 9 juin 2021
Prix : 18,50 €

A lire également : « Les Victorieuses ou le Palais de Blanche » de Laetitia Colombani, illustrations de Clémence Pollet. Grasset Jeunesse. 14,90 €.

Malgré l’heure tardive, la touffeur l’assaille dès la descente d’avion. Léna débarque sur le tarmac de l’aéroport de Chennai, où des dizaines d’employés s’activent déjà dans l’obscurité, vidant les flancs de l’appareil qui vient de se poser. Les traits chiffonnés par une interminable journée de voyage, elle passe la douane, récupère ses bagages, quitte le vaste hall climatisé pour franchir les portes vitrées. Elle pose un pied dehors et l’Inde est là, tout entière, devant elle. Le pays lui saute à la gorge comme un animal enragé.


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