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Extinction: Survivrez-vous au sixième étage d'un immeuble sans courant entouré de zombies?

  • Écrit par Catherine Verne

ExtinctionPar Catherine Verne - Lagrandeparade.fr/ Matthew Mather est un farceur. Nous la jouer scénario-catastrophe alors qu'on n'a jamais été en terre plus sécurisée que dans nos bonnes vieilles capitales occidentales aujourd'hui, à l'heure des satellites et des livraisons de sushi à scooter? Il faudra beaucoup d'imagination au lecteur pour croire un seul instant à son histoire de panne d'électricité généralisée. Voilà qui est d'une haute improbabilité aux Etats-Unis depuis les mesures prises à la suite des leçons, somme toute nombreuses et cuisantes, du passé. Qui s'attendrait franchement à ce que des équipements défectueux, ou une surcharge du réseau, un ouragan ou une canicule, et, encore plus aléatoire, des défaillances humaines, voire des intentions terroristes tant qu'on y est, n'ayons pas peur des mots, mettent en péril notre confort urbain?
Et pourtant, à lire le début du roman, on se voit lancé en compagnie du narrateur, dans une folle aventure qui dépasse toutes les audaces des fictions télévisées et autres "KhôLanta" ou "Man Vs Wild", réputées pour leur merveilleuse imaginativité. Il est en effet cette fois question de survivre au sixième étage d'un immeuble sans courant, puis sans eau, puis sans vivres par moins trente, entouré de citadins en train de muter en mode zombies suceurs de sang ou de pillards en bande organisée. Le héros ne ménagera pas ses efforts pour traverser une quantité graduelle d'épreuves invraisemblables, issues du cerveau on ne peut guère plus fantasque de Matthew Mather. Qu'on nous explique en effet ce que connaît aux risques réels ici mis en scène avec emphase, un expert en cybersécurité et en nanotechnologie informatique, détails précisés par la quatrième de couverture sans espèce aucune de scrupules vis-à-vis de l'éventuelle hyperémotivité du lectorat. Lequel lectorat, s'il réchappe à la terreur après avoir pris connaissance de ces anecdotes biographiques sur l'auteur, aura fort à faire pour ne pas se laisser impressionner par le rythme des coups du sort dont le héros se voit asséné page après page. Un héros qui est narrateur, de surcroît. Rappelons que lorsque c'est un narrateur qui dit "je" sous la plume d'un auteur, on se sent aussitôt visé, clairement invité à s'identifier à tout ce qui arrivera, coup de foudre et tuiles comprises, au personnage principal.
La combine fonctionne ici immmanquablement: on se prend séance tenante pour Mike Mitchell, un buveur de bière sympa qu'on découvre adepte des barbecues sur le toit de l'immeuble avec les voisins, et qui comptait passer Noël  peinard en famille loin du JT rabat-joie et du péril jaune, à admirer par un effet du béni miracle industriel, les ampoules électriques illuminant son sapin artificiel. Si on n'a pas l'âme d'un papa débonnaire capable de défendre becs et ongles sa progéniture contre les cannibales du cinquième, on a le choix: s'identifier au jeune Damon, le Mac Gyver de l'équipe revu en mode haker; au pote parano qui stocke des palettes de légumineuses en cas de grabuge et a construit un abri antiatomique loin de toute faille géologique... inaccessible sans le 4X4 bloqué sous la neige - l'ironie du sort, quand même...! ; à sa femme adepte de l'amour fraternel universel et qui distribue en veux-tu en voilà les petits pains, sans hélas les multiplier; à la babouchka du même pallier, capable d'affronter le froid sibérien en lisette, dont rien ne retarde le tricot, et qui gère les intrusions dans sa cuisine cosy à l'arme lourde; au salaud égoiste et hypocrite qui garde tout pour lui, mais ça n'étonne personne venant du personnage antipathique à souhait, du genre qu'on redoute de croiser dans l'ascenseur tant il sent à plein nez l'individualisme et le capitalisme sauvage; à l'épouse enceinte qui en marre de son lourdaud de mari, que l'épreuve providentielle du réchauffement climatique, adjointe à une cyberattaque paralysante, avec peut-être bien une colonisation par les Chinois en fond de décor, le tout au moment où elle était à deux doigts du divorce, va faire voir sous le nouveau jour d'un sauveur sexy face à l'apocalypse.
Nombre de personnages forts en effet se croisent ici pour recréer un microcosme social régressant vers l'état de nature, où l'on s'entraide, s'escroque, ou se dévore un petit peu aussi une jambe ou un bras selon, sans animosité particulière, au fil de péripéties extrêmes. C'est que l'horreur confronte chacun à ses limites, physiques et morales, et même psychiques  car, ainsi que nous le disions pour commencer: comment croire aux films qu'un esprit relativement équilibré peut se faire aux prises avec une réalité qui prend subitement des allures démentes? Et si tout ça n'était qu'interprétation, fantasme, erreur?  
En tout cas, un vrai film, celui-là, de la 20th Century Fox, est attendu, qui adaptera au cinéma le roman terrifiant et haletant de Matthew Mather. A suivre.  Sauf panne de courant bien sûr, ou attentat, invasion extraterrestre d'ici-là, voire extinction de la civilisation au passage collé-serré d'une comète dans la grande danse cosmique où se balance la Terre en toute insouciance, impassible... Comme nous. Jusqu'à ce qu'un probable complot impliquant Fleuves Editions ait délibérément manoeuvré, on ne voit que ça, pour distiller en nos petits coeurs confiants le flip du moment dès qu'on ouvrirait ce roman incroyable. Encore un coup d'un lobby qui sait, pour qu'on se précipite sur les groupes électrogènes, le sucre en poudre et les équipements Quechua pour treck polaire. Autant de produits curieusement indisponibles depuis ce matin, sur le net. Lequel montre des signes de faiblesse inhabituels d'ailleurs. Heureusement le bulletin météo annonce un Noël clément. Bien trop pour ne pas laisser penser qu'on est en fait dans l'oeil du cyclone.
Une dernière chose: que le petit malin de l'équipe qui vient d'éteindre les lumières des bureaux sans prévenir se dénonce, personne ne trouve ça drôle.

Extinction
Editions : Fleuves Editions
Auteur: Matthew Mather
Traduction : Christine Barbaste
Prix: 20,90 euros
Parution : 12 novembre 2015


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