« Dog Fiction » : la meute humaine ou Petersen et son chien pas stupide
- Écrit par : Guillaume Chérel
Par Guillaume Chérel - Lagrandeparade.com/ Voici le pitch de « Dog Fiction », le nouveau roman de Pia Petersen : lorsque Yoda, un corniaud de Los Angeles est adopté par un certain Orlando, chirurgien esthétique réputé, il n’imagine pas que cet humain ne lui veut pas que du bien.
Car, entre-temps, ce dernier prend rendez-vous avec le milliardaire Jason Busk, obsédé par l’idée d’envoyer des hommes sur Mars. Il y a déjà eu une chienne dans l’espace (la russe Laïka), alors pourquoi pas greffer à un canidé le visage d’un homme ? Le plus compliqué étant de lui donner la parole, afin d’aider l’humanité à se sauver.
L’opération (complexe, savamment détaillée) est un succès. Yoda a un nouveau visage et il peut s’exprimer. Le problème, c’est l’aspect éthique. La polémique explose. Le débat divise. Cette créature – ce « freak » - fascine, tout en faisant peur et attire les convoitises diverses et variées. Pour certains, les défenseurs de Dame nature, c’est un monstre à éliminer. Pour d’autres, un nouveau genre à laisser vivre : « Vive le LGBTQIA2S+ », écrit-elle, avec ironie, sur le droit de choisir qui on est. On le kidnappe, il s’échappe. N’en disons pas davantage.
Depuis le temps qu’on dit des chiens qu’il ne leur manque que la parole, Pia Petersen la leur a donné. Il fallait y penser. Le problème, c’est que les bonnes idées, quelque soit le domaine, n’aboutissent pas forcément à la réussite. Ce serait trop facile. En prenant le parti d’écrire à la première personne, en se mettant dans la peau de Yoda, l’autrice franco-danoise (vivant entre Los Angeles et Paris) a pris le risque de manquer de recul : « Je m’assois, je veux ci, je dis ça, je l’observe, je les écoute, je, je, je… ». Au bout de dix pages, déjà, ça lasse, alors deux cent-cinquante ! C'est un livre verbeux, bavard, sans respiration, ni rythme. Monocorde. Atone. Et pourtant, c’est riche. Toutes les thématiques du moment y passe : la dictature du paraître (Hollywood oblige), la superficialité, le règne de l’argent, les réseaux sociaux, la science, etc.
L’autrice connaît bien la ville, c’est certain. Elle est bien informée, tout est étayé, elle-même philosophe. Elle pose les bonnes questions. Mais la mayonnaise ne prend pas. On ne s’identifie pas. Et pour cause… Même les conversations entre chiens sont décevantes, sans surprise. Pia Petersen a voulu composer une fable philosophique contemporaine, incarnée, qui interroge sur le rapport de l’homme à ses propres créations. La trame n’est pas nouvelle, depuis le monstre de Frankenstein (1818) et la bombe atomique (by Robert Oppenheimer (1945). C’est le traitement qui demande de l’originalité, voire du génie. Du talent, elle a déjà prouvé maintes fois (en obtenant des prix littéraires prestigieux) qu’elle en avait, récemment encore, avec « Paradigma » (Les Arènes, 2019), qui se déroulait également à Los Angeles – qu’elle compare à un « gros ventre » dans lequel elle veut rester. Le vrai sujet de son nouveau livre, c’est elle, et son rapport paradoxale à la cité des prétendus « anges », qui produit des monstres. Vivement le prochain alors. Autobiographique. Façon John Fante, Bukowski, Bunker, Ellroy… Il y a tellement à écrire sur cette ville de fous.
Dog Fiction
Editions : Plon
Auteure : Pia Petersen
246 pages
Prix : 21 €
Parution : 28 février 2026






