« Les morts manquent de correction » : le crime était presque imparfait...
- Écrit par : Guillaume Chérel
Par Guillaume Chérel - Lagrandeparade.com/ De retour d’une cure à la Bourboule, Félix Soupel, correcteur indépendant, découvre un cadavre dans son lit (celui d’un certain Paul Martin, chaussures aux pieds, qui plus est, alors qu’il avait bien stipulé dans son annonce de location qu’il tenait à ce que l’on se déchausse dans son appartement) : « Voilà qui n’arrangeait pas mes affaires », pense-t-il, sans être plus bouleversé que ça (il n’est pas du genre à s’affoler).
Il ne regrette pas d’avoir loué son appartement. Ce qui le tracasse, lui a qui a l’habitude de ne pas laisser passer une « coquille », et d’être confronté à l’exigence de « dead-lines » de la presse, c’est de comprendre comment, et pourquoi, ça lui est arrivé à lui… Enfin, à l’autre.
Pas de cascades, ni de poursuites de voitures. Encore moins de serial-killer sanguinolent, dans le court roman de Pauline Toulet, intitulé finement : « Les Morts manquent de correction ». Son vieux célibataire pointilleux – métier oblige -, à la vie bien réglée, décide de mener sa propre enquête, après avoir découvert un indice qui a échappé à ces incapables de la police (pense-t-il). Une carte de visite d'un salon de coiffure, dans sa salle de bain. Lui qui est chauve ! Façon Inspecteur Columbo, lequel passe son temps à évoquer sa femme (qu’on ne voit jamais), il se tourne vers son frère, Olivier, qui a un fils, Gabriel (9 ans), « élevé sans écran ». Un neveu qu’il va pouvoir emmener chez le coiffeur… Enfin, la coiffeuse.
Pour rester dans le registre des comparaisons, on est plutôt du côté d’Inspecteur Derrick et du commissaire Maigret, époque Jean Richard, de la fin des années 1960, au rythme de L’homme du Picardie (pour les plus anciens). L’intérêt du court roman réside dans l’humour pince-sans-rire de ce Bartleby pugnace, sous ses faux airs de misanthrope pépère (il a du mal à accepter la réalité). Un tonton, pas si c… qui va se rapprocher d’un enfant auquel il ne s’intéressait pas, jusqu’à cet évènement insolite (quand peut-on se réinstaller sur une scène de crime potentiel ?). Et, surtout, comment vivre en bonne harmonie dans une société qui maltraite autant la langue française ?
Par petites touches subtiles, Pauline Toulet s'amuse des petites absurdités du quotidien. Son récit écrit tranquillement, à rebours de la masse des polars fiévreux, à rebondissements standardisés (les fameux « page-turner »), est drôle et malicieux. Reposant, et rafraichissant, en ces temps obscurs.
Les morts manquent de correction
Editions : Finitude
Auteure : Pauline Toulet
200 pages
Prix : 18, 50 €
Parution : 6 mars 2026






