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Origines : un récit d'anticipation surprenant et réussi

  • Écrit par : Christophe Colin

Origines Par Christophe Colin - Lagrandeparade.com/ David a créé une intelligence artificielle qui a éradiqué l'humanité de la surface de la terre. Des siècles après sa mort, Chloé, son androïde, le ramène à la vie dans le but de faire renaître la race humaine.

Cette mission est difficile car l'environnement est hostile envers eux et David et Chloé apprennent à se connaître, de troublants secrets semblant les lier.

La trame de ce récit a été imaginée par trois hommes venus du monde du cinéma, Arash Amel, Joseph Oxford et Lee Toland Krieger. Ils ont confié son adaptation en bande-dessinée au scénariste Clay McLeod Chapman. Ce dernier utilise un nombre de protagonistes restreint, le jeune David et sa protectrice Chloé. Au fil des pages, on en apprend un peu plus sur eux et sur le monde dévasté qui les entoure. Aussi humains l'un que l'autre, ils n'ont qu'une mission, repeupler cette terre. Les révélations et coups de théâtre sont efficaces et bien amenés.

La partie graphique est assurée par Jakub Rebelka (Le dernier jour d'Howard Phillips Lovecraft, Judas). Visiblement, cet artiste est influencé par des œuvres de science-fiction très connues. L'une des premières cases dévoile la statue de la liberté dans une végétation luxuriante, ce qui fait écho à un des derniers plans du film La planète des singes, adaptation du roman de Pierre Boulle. Certains robots ont une parenté évidente avec d'autres aperçus dans les films Star Wars ou Aliens. Ces filiations n'empêchent pas la réussite de cette histoire. On se prend d'affection pour les personnages principaux et on espère qu'ils réussiront à sauver leur espèce condamnée.

 

L'avis de Sylvie Gagnère

Origines : un récit post-apocalyptique, qui interroge l’idée du libre arbitre et l’arrogance des hommes

La race humaine s’est éteinte, éradiquée et remplacée par une entité technologique qui s’est fondue avec la nature. Chloé, une androïde créée par David Adams, tente de ramener à la vie son créateur. C’est lui qui a causé la chute, c’est lui qui pourra, peut-être, en renouant avec sa mémoire, donner naissance à une nouvelle humanité, ainsi qu’il l’a prévu.

Dans ce monde post-apo glaçant, les questions soulevées par le récit sont nombreuses : le rapport à la technologie, la soif de connaissance et de pouvoir des hommes qui aboutit à la tragédie, la puissance de la science.

David est le prototype du scientifique, surdoué, aux intentions louables, mais que son arrogance conduit à la catastrophe. Il a créé le réseau pour amener la paix, mais le réseau lui a échappé et a balayé les humains. Depuis mille ans, il n’en existe plus aucun, jusqu’à ce que renaisse David, qui doit retrouver le caveau, un entrepôt bien caché, qui garde la possibilité d’une régénération de l’humanité. À condition que le réseau ne le tue pas avant.

La force de cet album ? Pas son originalité, le thème de la fin du monde provoquée par un savant qui ne se pose pas la question des conséquences de ses actes, le danger potentiel d’IA qui supplantent l’humanité, sont assez courants en SF. Ce qui fait ici la différence, ce sont des personnages auxquels on s’attache. Ils évoluent au fil de l’histoire et les auteurs interrogent la notion du libre arbitre (les « valets » sont remarquables de ce point de vue), de la quête identitaire avec beaucoup d’intelligence, au travers de protagonistes bien construits, qui doivent lutter pour leur survie et pour espérer un futur pour l’humanité. On regrettera sans doute le classique sacrifice de la femme pour sauver le héros, et la prédominance du masculin, mais, après tout, le complexe messianique n’est-il pas l’apanage de ce dernier ? L’originalité vient aussi de la nature de ce futur, qui s’appuiera sur l’hybridation. Les humains ne subsisteront qu’en se transformant.

La force de ce récit tient également dans son visuel. Le découpage précis et nerveux, qui prend toutefois le temps de poser un décor, permet une belle immersion dans cet univers. Des personnages humains ou des robots, on ne sait lesquels sont les plus organiques, tant le travail de Jakub Rebelka souligne leur essence profonde. Parfois réalistes, parfois très oniriques, ses dessins nous embarquent dans ce monde effrayant, mais où survit une pointe d’espoir. 

Origines
Editions : 404 Graphic
Scénario : Clay McLeod Chapman
Dessinateur : Jakub Rebelka
Prix : 24,90 €
Date de parution : 15 mai 2025

 


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