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« Quand la ville se lève » : habiter le monde, malgré tout

  • Écrit par : Bertrand Hess

Par Bertrand Hess - Lagrandeparade.com/ Avec Quand la ville se lève, Charlotte Lagrange poursuit son théâtre documenté en s'attaquant à une question profondément politique : celle de l'expulsion. Celle des vies que l'on déplace au nom du progrès.

Tout commence alors que des agriculteurs s'apprêtent à incendier la maquette de la ville qui doit remplacer leurs terres. Face à eux, l'architecte chargée du projet, convaincue de participer à la construction d'un avenir meilleur. Mais au moment où la contestation éclate, une autre histoire remonte à la surface : celle de sa mère, autrefois poussée hors de son appartement par des promoteurs prêts à employer tous les moyens pour récupérer un immeuble devenu insuffisamment rentable.
Charlotte Lagrange tisse alors ces deux récits, l'un rural, l'autre urbain, révélant qu'ils procèdent d'une même violence : celle qui transforme les lieux de vie en marchandises.
Installés en quadrifrontal, nous sommes au plus près des comédiens. Une lumière presque immuable, quelques éléments de décor, des acteurs qui racontent. Cette simplicité crée une proximité immédiate avec les personnages et laisse toute la place au récit.
Ce qui frappe d'abord, c'est la manière dont Charlotte Lagrange évite les oppositions simplistes. L'architecte n'est pas une ennemie. Elle croit sincèrement bâtir une ville plus juste, où logements, espaces publics et agriculture pourraient cohabiter. Son idéal se heurte pourtant à la réalité des expulsions qu'il provoque. Le spectacle montre avec finesse comment les meilleures intentions peuvent devenir les instruments d'une violence sociale lorsqu'elles oublient celles et ceux qui habitent déjà les territoires.
Puis, presque imperceptiblement, le réel se fissure. Là où le spectacle semblait avancer sur le terrain du témoignage documentaire, la poésie fait irruption. Des plantes surgissent du plancher. La lumière se réchauffe, devient presque irréelle. Le théâtre cesse alors de seulement raconter le monde ; il commence à le transformer sous nos yeux. C'est dans ces images que naît une autre vérité, plus profonde, celle que seule la scène peut faire apparaître.
Charlotte Lagrange rappelle ainsi que les lieux ne sont jamais de simples parcelles de terrain ou des biens immobiliers. Ils sont faits de souvenirs, de gestes, d'histoires familiales. Les interprètes portent cette matière avec une grande justesse, laissant advenir l'émotion et donnant à ces trajectoires individuelles une portée universelle.
Nouvelle directrice du CDN Le Préau, Charlotte Lagrange signe avec Quand la ville se lève un très beau spectacle, profondément nécessaire. En faisant dialoguer les luttes paysannes avec celles contre la spéculation immobilière, elle montre que les combats d'hier éclairent ceux d'aujourd'hui. Son théâtre, résolument politique, ne distribue ni les bons ni les mauvais points ; il interroge notre manière d'habiter le monde.
Un spectacle d'une grande délicatesse.

Quand la ville se lève
Texte et mise en scène :  Charlotte Lagrange
Avec Mathias Bentahar, Cécile Coustillac, Olive Malleville, Chloé Ploton, Jean-Baptiste Verquin 
Musique : Julien Lemonnier 
Durée : 1h35

Dates et lieux des représentations : 
- du 4 au 23 juillet 2026 ( relâche les 10, 17 juillet) à 10h00  - Théâtre 11 •  - FESTIVAL OFF AVIGNON 


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