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Défoncé : le long chemin d’une rédemption

  • Écrit par : Christian Kazandjian

DéfoncéPar Christian Kazandjian - Lagrandeparade.com/ Témoignage, des ténèbres à la lumière, d’une vie confrontée à la violence, le sexe, la drogue, avec le rock, le punk, la dérision et le rire comme exutoire.

Le son d’une guitare électrique énervée sature l’espace. Un homme, maigre, de noir vêtu, santiags râpant les planches, s’acharne sur le manche. Une femme, belle, tout sourire, parvient à calmer la rage déversée par l’instrument. Marie Desgranges, qui met en scène ce Défoncé, lance le spectacle, le présente au public. La pièce tient de l’exercice cathartique comme de la revendication d’être, de vivre enfin, après la traversée des cercles de l’enfer. François Créton n’est pas un Dante qui écrirait l’histoire de personnages dérivant sur le Styx ; il dévide, aidé, guidé par la voix de celle qui, au fil des échanges est devenue sa partenaire de scène, son existence hérissée de viols, de violences, d’addictions létales, une vie, toutefois, surfilée de parenthèses d’amour, d’apaisement. François Créton a tout connu des rencontres interlopes, de la drogue, de l’alcool, de la prostitution. Il a tout connu et vécu de ce qui, résumé en trois mots : drogue, sexe et rock and roll, fut une existence cabossée, chaotique. Mais sans le glamour littéraire et la fascination attachés à la formule pour esprits paresseux de « génération perdue ». Lui, comme tant d’individus rejetés aux marges de la société, a été défoncé, violenté, dès l’enfance et pendant près de quatre décennies. Il a, longtemps, intériorisé ce déchaînement de violence à son encontre, croyant être, lui, le coupable, le pervers, plutôt que la victime. Il nomme, entre deux riffs furieux de guitare, qui, étrangement, lui apporte la sérénité, la peur qui a régi sa vie, et en livre l’antidote : l’amour. L’amour pour ses enfants qui l’ont protégé, accompagné sur le chemin sinueux de la délivrance et du pardon pour ses compagnons de déchéance et pour ses bourreaux.

Un récit brut, salutaire

defoncéLe décor épuré, la présence complice de Marie Desgranges, les duos musicaux, libèrent le nécessaire espace de la parole, lui confère sa force. Les lumignons accrochés à leur support évoquent les perfusions, la seringue, la drogue et l’hôpital : la proximité de la mort, mais également, dans leur faible éclat, la renaissance, l’espoir. Le comédien se défait, peu à peu, des maillots floqués de slogans morbides, dévoilant le torse nu, marquant, ainsi, les étapes d’un parcours jalonné de drames et de violences jusqu’à la délivrance. François Créton, sans afféterie ni pathos, joue son propre rôle, avec ses mots qui balancent entre trivialité et poésie, gravité et humour. Il transmet une émotion brute d’une douloureuse et lucide sincérité. Marie Desgranges se prête au jeu, avec délectation. Leur complicité est vivifiante et donne à entendre, ce que conventionnellement on nommerait un cri, qui, ici, est le récit d’un naufragé qui ne craint pas de remuer un passé douloureux, pour exorciser sa peur et ses démons, pour se libérer, goûter chaque instant de bonheur. Et aimer. Une belle leçon d’humanité, donnée sur le vif, loin de ces émissions de « téléréalité » où un voyeurisme malsain, exacerbé par le filtre de l’écran, nie l’humanité de femmes et d’hommes exhibés comme phénomènes de foire.

DéfoncéDéfoncé : un spectacle, où, le comédien narre, sans voile, son histoire, qui, loin de choquer ou d’apitoyer, décharge une énergie salutaire, non dénuée d’humour et d’autodérision.

Défoncé
Récit écrit : François Créton
Auteure de l’adaptation et metteure en scène : Marie Desgranges
Avec Marie Desgranges et François Créton
Durée : 1h15

Dates et lieux des représentations : 

- Jusqu'au 31 mai 2026 au Théâtre de Belleville, Paris 11e (01.48.06.72.34.)

- Du 4 au 23 juillet ( relâche les 10, 17 juillet)  à 17h00   au 11 • AVIGNON Avignon dans le cadre du Festival off 2026


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