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Le nectar des dieux : prêt.e.s pour "la crétinerie au service du savoir"?

  • Écrit par : Delphine Caudal

nectarPar Delphine Caudal - Lagrandeparade.com/ C’est une comédie portée sur l’histoire du vin qui prendra place les 8, 9 et 10 Mai 2026 au théâtre des Beaux-Arts Tabards. Durant un peu plus d’une heure, on nous promet de multiples personnages, tels que César, Dom Pérignon ou encore Marie Antoinette, dans une ambiance légère et enjouée. De quoi égayer nos sens et savourer bon nombre d’anecdotes historiques!

Hugo Klein, co-auteur, et interprète, nous en dit un peu plus sur ce projet qu’il porte avec ses collaborateurs : Lucas Gonzales et François Piel-Flamme.

"Le Nectar des Dieux", c'est un joli titre, et ça attise notre curiosité. Etes-vous des passionnés d'Å“nologie ? 

Oui, de mon côté je le suis. Mon père a découvert le vin en autodidacte et est devenu un grand connaisseur. Dès la fin de mon adolescence, je m'y suis intéressé à mon tour, j'ai partagé cette passion avec lui et il m'en a appris les bases. 
Mes deux comparses quant à eux, François Piel-Flamme et Lucas Gonzalez, n'y connaissaient pas grand-chose lorsque nous avons commencé à travailler sur le spectacle ; je me suis donc fait une joie d'éclairer leurs palais et de leur faire découvrir le vin et mon amour pour celui-ci.
Pour en revenir au titre, il nous semblait important de reconnaître la part spirituelle attribuée à cette "boisson divine" - que nous nous faisons un plaisir de déconstruire tout au long de la pièce pour recentrer sur l'élément essentiel de l'histoire du vin : l'humain. Et puis ça a un côté accrocheur qui nous a plu.  

Lorsqu'on lit les critiques sur votre spectacle "Le Nectar des Dieux", l'idée d'une pièce ludique voire pédagogique est récurrente. Que pensez-vous de cette analyse ? Pourrait-on "classer" votre pièce dans d'autres catégories ? 

Effectivement ce sont des termes qui reviennent souvent et qui correspondent à l'esprit de la pièce. Mais nous préférons l'idée de la "vulgarisation historique" : c'est-à-dire, étymologiquement, la volonté de "créer du savoir commun" (le terme vulgus en latin signifie "commun"). Nous faisons les pitres sur scène, oui, mais dans l'idée que le public en apprenne des choses. Le rire est un excellent vecteur d'acquisition de connaissances - bien plus, selon nous, qu'un cours traditionnel, une conférence ou une encyclopédie. 
Certains ont voulu "classer" notre pièce dans la catégorie du "théâtre conférence" mais cela ne nous correspond pas, à mon avis. Nous sommes bien dans une pièce de théâtre, avec une histoire, un axe narratif, une trame et une dramaturgie. Je pense que si l'on voulait nous faire entrer dans une case, la catégorie "comédie" nous correspondrait bien mieux. En somme, c'est François Piel-Flamme, mon compère sur scène, qui résume le mieux notre travail : "la crétinerie au service du savoir". 

Vous êtes un duo sur scène. Comment s'est formée votre collaboration ? 

Nous sommes deux sur scène, en effet, mais c'est en réalité un trio qui a créé le spectacle : Lucas Gonzalez, le metteur en scène, François Piel-Flamme et moi-même. Nous nous sommes tous les trois rencontrés en école de théâtre, au Cours Florent. Nous y avons beaucoup travaillé ensemble, tous les trois, et surtout nous sommes devenus des amis importants les uns pour les autres. Après l'école, François et Lucas ont commencé à travailler ensemble sur un spectacle de vulgarisation historique, beaucoup plus politique. J'en ai adoré le concept. Et quand, un soir, autour d'une bouteille (pas la première...), l'idée de faire une pièce qui raconterait l'histoire du vin est née, nous nous sommes rués dans le projet. J'ai commencé les recherches dès la semaine suivante, François en a écrit un fil rouge et Lucas nous a rejoint pour plusieurs semaines d'écriture de plateau - c'est-à-dire de répétitions qui servent à écrire le texte final, à partir d'improvisations, de créations de personnages, d'élaboration de dialogues, etc.

dieuxAvez-vous rencontré des difficultés particulières dans l'écriture du texte ou la mise en scène de votre spectacle ? 

Oui, beaucoup. Surtout pour l'écriture. La première difficulté a été de savoir ce que nous racontions : il est impossible d'être exhaustifs sur l'histoire du vin, qui plus est en 1h10 de spectacle!  Il a fallu choisir quels étaient les évènements dont nous souhaitions parler, trouver des axes narratifs simples, et surtout couper de nombreux faits importants. Si François et Lucas ne m'avaient pas restreint, le spectacle pourrait aujourd'hui durer 14h ! Ensuite, une fois que la trame était choisie, il a fallu choisir comment la raconter : quels personnages jouer, lesquels passer sous silence, comment les interpréter, quels liens créer entre eux, toutes ces questions qui font théâtre.
Aussi, il a fallu définir un angle très important de la pièce : ne pas raconter l'histoire des techniques du vin. Ce n'est pas notre propos. Nous préférons raconter la place du vin dans les civilisations, et son incidence sur celles-ci.
En ce qui concerne la mise en scène, le défi était autre : comment faire bien avec peu ? Nous voulions une scénographie (l'ensemble des décors et accessoires et comment ils sont agencés) simple, plutôt épurée. En fait, nous jouons tout avec des bouteilles, des verres, une table et surtout deux chaises qui peuvent tout aussi bien garder leur fonction que devenir muraille, podium, laboratoire de recherche, rangs de vignes ou prie-Dieu.

Les faits que vous relatez, sont-ils tous historiques, ou prenez-vous quelques libertés ? 

Comme nous le rappelons systématiquement après le spectacle, toutes les informations que nous relatons sont vraies - sinon, cela n'a aucun intérêt. Nous nous appuyons sur de vraies recherches historiques approfondies. En revanche, nous usons de notre liberté d'interprétation et de caricature : nous inventons les dialogues dont nous ne pouvons avoir aucune trace, nous forçons le trait sur de nombreux personnages - mais uniquement dans le but d'illustrer, jamais de déformer. Aussi, il faut souligner que nous prenons parfois quelques biais, quelques raccourcis (mais en nous attachant à ne pas trahir le propos) : encore une fois, impossible de tout raconter, dans toutes ses nuances, en 1h10.
Par exemple, lorsque vers la fin de la guerre de Cent Ans, les bordelais s'accaparent le marché anglais et refusent de laisser les autres vignobles du sud-ouest y accéder, nous racontons qu'ils leur interdisent l'accès à l'estuaire de la Gironde, le lieu des tractations. En fait, c'est plus compliqué : ils leur imposent progressivement des taxes énormes, et leur en limitent l'accès à la période hivernale, pendant laquelle les marchands anglais ne viennent pas. C'est donc un raccourci que nous prenons mais le résultat est le même : les vignobles du sud-ouest en sont étouffés, et Bordeaux s'enrichit drastiquement.

Le spectacle évolue-t-il selon les publics/les lieux/les années ? Si oui, avez-vous des exemples à nous donner ? 

Oui, le spectacle évolue beaucoup. D'abord, nous nous laissons toujours une marge d'improvisation. Nous aimons nous surprendre l'un l'autre, cela permet, après 220 représentations, de ne pas nous installer dans un récit confortable, dans une sorte de "pilote automatique" quand nous jouons. Nous inventons chaque soir des nouvelles blagues, des nouvelles façons de jouer tel ou tel personnage. Ensuite, le public a une part importante dans la représentation. Comme nous lui posons régulièrement des questions (ce que certains ont décrit comme un "quizz" - ce qui me semble exagéré), les réponses qu'il donne influencent nos interactions, amènent parfois à certaines précisions. Enfin, le lieu où nous jouons a son importance : la plupart des régions dans lesquelles nous avons joué sont des terres de vignobles. Par conséquent, nous aimons glisser quelques références ou des clins d'œil aux vins du coin - parfois même, nous ajoutons ou étirons une scénette pour glisser quelques détails supplémentaires d'histoire viticole locale.
L'exemple le plus cocasse s'est déroulé lors d'une représentation à Tahiti, où certains ont développé une boisson qu'ils nomment le "vin d'ananas". Or il y a une scène dans le spectacle où nous racontons les solutions débiles que certains ont imaginées après l'apparition du phylloxéra, et la destruction de 95% du vignoble européen, pour continuer à vendre des boissons alcoolisées : impossible de ne pas y glisser une boutade à l'encontre des faiseurs de "vin d'ananas". D'ailleurs, spoiler : c'est beurk.

nectar des dieuxSi vous deviez associer votre spectacle à un vin, quel serait-il et pourquoi ? 

Très dure comme question. Si on avait parlé de mes goûts personnels, j'aurais probablement cité un bon vin de mon sud-ouest natal ou du languedoc. Sûrement quelque chose d'assez racé, ou épicé, avec du mourvèdre ou du tannat dedans.
Mais si je dois être tout à fait honnête, je pense qu'il faut plutôt associer le spectacle à un pinot noir de Bourgogne (et surtout pas du gamay !) : c'est ce cépage qui nous a permis de trouver l'angle d'attaque du spectacle. Vous comprendrez pourquoi en venant assister à une représentation.

Le nectar des dieux
Texte : Lucas GONZALEZ / François PIEL-FLAMME / Hugo KLEIN
Mise en scène : Lucas GONZALEZ
Interprétation : François PIEL-FLAMME / Hugo KLEIN
Durée : 1h05
A partir de 10 ans

Dates et lieux des représentations: 

- Jusqu'au 30 avril 2026 à l'Essaion Théâtre - Paris 
- Les 8, 9 et 10 Mai 2026 au Théâtre des Beaux-Arts Tabards (Montpellier) 


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