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Ayoub : confessions et désillusions à coeur ouvert d'une dépendante affective à la lucidité bien trempée

  • Écrit par : Julie Cadilhac

Ayoub Par Julie Cadilhac - Lagrandeparade.com/ Après Fuck Me , Love Me et Kill Me, trois pièces autour de la maladie mentale, la metteuse en scène, chorégraphe et performeuse argentine Marina Otero, toujours sur un mode auto-fictionnel, fait sillonner son récit autour d'une rencontre à Tanger entre elle, une quarantenaire à la dépendance émotionnelle pathologique ( c'est elle qui le dit), toujours en quête de l'homme qui la sauvera d'elle-même, et un jeune vendeur de gâteaux des rues, au sourire aussi éclatant que ses moyens sont misérables.

Se tisse une histoire d'amour, malgré quinze ans d'écart d'âge. Elle, était venue à Tanger avec le projet "de sauver un homme en situation de vulnérabilité, et que cet homme (la) sauve de la solitude". Tout semble fonctionner mais, confrontée à l'actualité terrible du génocide palestinien qui la bouleverse, elle réalise peu à peu toute l'imposture, l'égoïsme, l'irrationnalité, l'impossibilité de cette union. Ayoub finira par étouffer dans une culture qui n'est pas la sienne s'il la suit en Europe, leur relation sera biaisée par l'incapacité de Marina à ne pas agir avec son occidentalisme suprémaciste et arrogant ( même inconscient) et Ayoub ne réussira pas à ne pas se laisser tenter d'être celui qu'on attend de lui pour avoir le sentiment de réussir sa vie. Alors elle met un terme à leur relation parce qu'elle ne veut pas du futur pour eux qu'elle devine. Elle use de cette histoire intime et personnelle pour s'engager sur le terrain politique et hurler artistiquement tout ce qui la révolte. Elle dédie Ayoub  à tous les morts de la bande de Gaza.

Marina Otero manipule le spectateur avec un véritable talent. Son style autofictionnel plonge le spectateur dans une intimité presque sans limite, impudique donc, où les émotions éclaboussent et les pensées se formulent sans filtre. Sur le plateau, divers lieux, diverses temporalités viennent se juxtaposer. La poésie et la réalité crue se superposent à l'envi, créant un audacieux mélange de vérité et de mensonge. Le merveilleux Ayoub crève l'écran de sa jeunesse fougueuse, de son insouciante légèreté ( que lui offre encore son âge) puis Ibrahim Ibnou Goush, avec une grande justesse de jeu, dans un second temps, vient incarner l'Ayoub d'après, miné par sa nostalgie pour son pays natal, les compromissions qui l'étouffent et les colères qu'il peine maintenant à réprimer.  

ayoub Ôde à l'amour intrinséquement tragique, cri de colère contre une géopolitique révoltante, coup de gueule et autocritique d'une hypocrisie bien partagée, Ayoub donne l'occasion de vivre une parenthèse artistique singulière en compagnie d'une performeuse à l'énergie remarquable. Ici Marina Otero fait de son expérience amoureuse le prétexte suffisant à une accusation en bonne et due forme de la situation en Palestine. Nous n'assistons pas à une conférence argumentée, tout se bouscule comme ça vient et tout son art est là; dans sa capacité de faire pénétrer dans la chair des ressentis qui poussent à s'insurger de manière chorale contre une situation inacceptable. 

Un moment de théâtre insigne ! 

Ayoub

Écriture et mise en scène : Marina Otero
En scène : Ibrahim Ibnou Goush & Marina Otero
Caméra : Florencia de Mugica
Coordination technique et technicien en tournée : Giancarlo Pia Mangione Création lumière : Facundo David
Création sonore : Antonio Navarro
Montage vidéo : Daniela García
Supervision des textes : María Velasco
Collaboration : Javier Montero
Traduction en dariya : Farah Hamdaoui Kadaoui
Arrangements musicaux : Juan Pablo de Mendonça
Photographie : Andrés Manrique, Andrés Carnalla, Analu Zapata
Tailleur: Guadalupe Blanco Galé
Administration de production : Mariano de Mendonça Distribution : Otto Productions
Remerciements : Nuria Güell, Adrián Carrasco, Andrés Manrique, Somaya Taoufiki, Martín Flores Cárdenas.

Dates et lieux des représentations: 

- 5 et 6 juin 2026 - Première en France au Printemps des Comédiens – Montpellier
- 13 au 14 juin 2026 au Teatr Dramatyczny – Varsovie
- 16 juin 2026 au Performing Arts Festiwal A Part – Katowice
- 5 au 6 juillet 2026 au Campania Teatro Festival
- 8 juillet 2026 au Sempre Più Fuori Festival – Rome
- 16 octobre 2026 au Teatrodix Phestival 2026​ – Pamplona
- 14 au 15 novembre 2026 au Teatro Réplika – Madrid
- 24 au 28 novembre 2026 au Théâtre Les Tanneurs – Bruxelles
- 15 au 21 décembre 2026 à Arthaus – Buenos Aires

 


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