Landor : de la fantasy humaine et politique, à l’écriture d’une grande efficacité
- Écrit par : Sylvie Gagnère
Par Sylvie Gagnère - Lagrandeparade.com/ Céleste Armanville est une musicienne accomplie, une jeune femme aux talents multiples, à qui tout réussit, membre d’une redoutable organisation secrète. Pour l’heure, elle est coincée par l’hiver au château de Landor, confrontée à un défi de taille : résoudre un meurtre improbable avant la fonte des neiges, seule manière de sauver les apatrides qu’elle défend de tout son cœur, et de protéger Thélban, son frère jumeau, son autre, sa raison de vivre.
Isabelle Bauthian nous entraîne une nouvelle fois dans l’univers des Rhéteurs, mais il n’est pas nécessaire d’avoir lu les précédents ouvrages pour se faire plaisir avec celui-ci.
Isabelle Bauthian construit son roman sur une alternance passé/présent. Les retours en arrière nous permettent de découvrir l’enfance puis les débuts de la vie adulte de Céleste et Thélban, la force et la richesse du lien unique qui s’est tissé entre eux, les raisons de leurs engagements. À travers leur histoire, ce sont également les enjeux politiques et sociaux du monde qui est le leur que nous appréhendons.
Les deux jumeaux, pour attachés qu’ils soient l’un à l’autre, ont des parcours de vie bien différents. Céleste, à l’intelligence exceptionnelle, au talent musical affirmé, est aussi une jeune femme quelque peu arrogante, ignorante de l’échec. Les valeurs qui sont les siennes et pour lesquelles elle est prête à tout sacrifier – sauf son frère – lui donnent cependant une humanité remarquable. Thélban, lui, a dû trouver sa place grâce au travail et à la persévérance. Chef de guilde respecté, mari loyal, père attentionné, il partage avec sa sœur le désir de venir en aide aux plus faibles.
Pour ce qui est du présent, les amateurs de meurtre en chambre clos vont se régaler ! L’autrice nous balade de fausses pistes en vrais indices, sans que nous ne parvenions toujours à les démêler. L’ambiance est particulièrement bien rendue, dans ce château isolé au cœur de l’hiver, entre châtelains qui cachent sans doute des secrets, domesticité qui n’est en reste, et personnages hauts en couleur. Plus l’enquête avance, plus les mystères s’accumulent, plus la vérité s’éloigne. Céleste se trouve confrontée à un potentiel échec. Pour sauver son frère, elle est prête à tout, même manipuler les faits.
Le récit est aussi celui d’un drame familial, où les non-dits, les tensions, les dilemmes moraux sont au cœur de la narration. Isabelle Bauthian nous raconte une société, ses contradictions, ses choix politiques, les arcanes du pouvoir, grâce à ce meurtre à résoudre. Et pour cela, Céleste devra décider ce qui est juste, et adopter le meilleur comportement possible.
L’une des grandes qualités du roman est de ne pas poser de définitions binaires : le bien/le mal. La politique est faire de zones grises, une communauté peut posséder des caractéristiques admirables, mais faire peser un carcan sur ces citoyens. Une autre est la qualité de ses dialogues – nous ne sommes pas dans l’univers des Rhéteurs pour rien ! L’argumentation, l’affrontement intellectuel sont des armes redoutables, autant que les épées. L’écriture est fluide, souvent très imagée, toujours très rythmée, y compris dans les discussions. Enfin, les personnages sont très travaillés, ce sont de vrais êtres de chair et de sang, qui doutent, se contredisent, s’affirment.
Landor n’est pas un roman d’action au sens classique, pas de batailles spectaculaires en vue, mais un récit politique et humain, qui fait son chemin même une fois le livre refermé, par les interrogations qu’il pose, par ses enjeux moraux et politiques, par les questionnements aux accents très modernes (la liberté de penser, les limites de la loyauté, la fabrication de l’obéissance...
Landor
Autrice : Isabelle Bauthian
Éditions : actuSF
Parution : 23 avril 2026
Prix : 22,90 €






