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Belles de scène : une pièce empreinte de sensibilité au coeur de la société anglaise du XVIIème

  • Écrit par Xavier Paquet

belles de scenePar Xavier Paquet - Lagrandeparade.com/ Plongée dans Londres en 1661, où les théâtres réouvrent après 18 années de fermeture puritaine, les comédiens étant perçus comme trop coquins pour la morale anglaise de l’époque. Les lieux réouvrent, le public revient en nombre, les spectacles se jouent mais les mœurs n’ont pas changé pour autant : la loi interdit toujours aux femmes de jouer sur scène si ce n’est dans d’obscures salles de cabaret. Alors ce soir-là, dans Othello, c’est Kynaston, acteur adulé, qui incarne Desdémone et se travestit pour interpreter ce rôle qui a fait de lui un nom dans la société anglaise.

Vedette sur scène en arborant les traits féminins des héroines de Shakespeare, il aime aussi se travestir dans la vie et frayer avec le duc de Buckingham. Hélas, l’austérité prend fin et l’étau se desserre sur ordre du roi qui, voulant une fin plus originale et drôle pour Othello, s’intéresse à l’idée qu’une femme reprenne le rôle de Desdémone. Les mœurs évoluent sous l’influence de Maria, l’habilleuse de Kynaston, qui se rêve actrice et a repris le rôle de Desdémone dans un théâtre voisin : même si elle joue mal, elle devient la coqueluche. Par décrêt royal, les femmes seront autorisées à jour sur scène et les hommes ne pourront plus interpréter que des rôles masculins.

C’est l’histoire d’une ascension, celle des femmes sur scène, et d’une déchéance, celle de Kynaston qui voit son monde s’écrouler au delà du simple plateau de théâtre. Desdémone n’est pas qu’un rôle ni une incarnation, c’est une seconde peau, une expression de lui-même, une manière d’exister et d’être l’objet de convoitises et de tous les fantasmes, une manière aussi d’assumer son homosexualité et de la vivre au grand jour. Derrière la misogynie et la colère, se cachent les blessures et la tristesse. Derrière le vernis du maquillage scénique craquèle la vulnérabilité d’un homme.

S’inspirant de faits historiques, la pièce nous immerge dans le charme de l’époque avec un décor et des costumes dignes d’une pièce shakespearienne : théâtre à l’anglaise, remontée manuelle des décors, habits et apparats d’époque. Pour recréer l’ambiance du public, des projections sous forme d’ombres viennent animer l’arrière plan et nous font sentir au cœur du spectacle. Le texte se révèle à la hauteur avec un récit aux allures d’une pièce anglaise de l’époque, des situations comiques et cocasses, quelques grivoiseries et des passages plus poétiques et émouvants.

Dans une mise en scène rythmée et élégante, les comédiens incarnent tous leurs personnages hauts en couleur avec puissance et légèreté, profondeur et dérision.  On remarque la formidable prestation de Vincent Heden en Kynaston qu,i par son charisme et sa grâce, donnent un relief sensible, terriblement humain et profond aux tourments de son personnage adulé puis rejeté.

Coup de cœur d’Avignon, Belles de scène aborde avec finesse les doutes d’un comédien, les blessures de l’homme derrière l’artiste et nous fait vivre et vibrer au son des déclamations du théâtre classique qui évolueront par la suite vers davantage d’authenticité et de naturel. A l’image de la sensibilité réelle de leurs acteurs.

Belles de scène
Auteur : Jeffrey Hatcher
Mise en scène : Stéphane Cottin
Interprète(s) : Patrick Chayriguès, Stéphane Cottin, Emma Gamet, Vincent Heden, Jean-Pierre Malignon, Sophie Tellier
Lumière : Moïse Hill
Musique : Cyril Giroux
Costumes : Chouchane Abello Tcherpachian
Assistante à la mise scène : Victoire Berger-Perrin
Production : François Volard - Acte 2, Fond de dotation Dominique Gay, Hauteroque Capital ,Leo Théâtre,Sésam’ Prod
Soutien : L’Athénée de Rueil

Dates et lieux des représentations:

- Du 7 au 30 juillet 2022 au Théâtre des Gémeaux ( 10 rue du Vieux Sextier, 84000 - AVIGNON) - Avignon off 2022


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