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L’école des femmes : une mise en scène réjouissante d'Anthony Magnier

  • Écrit par Xavier Paquet

femmesPar Xavier Paquet - Lagrandeparade.com/ Voir du Molière joué comme si un spectacle de marionnettes se tenait devant nous. C’est la prouesse de la mise en scène de cette version très moderne de L’école des femmes où pour seul décor se dresse une petite maison de bois ouverte au public par un voilage de tulle blanc. L’image d’un plateau pour enfants qui dispose ses marionnettes et les fait évoluer selon son imaginaire.

L’histoire, elle, n’a pas changé. Arnolphe, homme d’âge mur qui se fait désormais appeler Monsieur de la Souche, rêve de vivre le bonheur conjugal mais angoissé par la crainte d’être trompé, choisit d’élever sa pupille Agnès dans le plus strict isolement afin de l’épouser. Obsédé par cette peur du cocufiage, Arnolphe rencontre Horace, qui est tombé amoureux de la belle, et comprend que celle-ci lui échappe vers une autre vie. Il précipite son mariage pour se rassurer, garder son honneur et faire d’Agnès l’épouse soumise et fidèle telle qu’il l’a éduquée.

On redécouvre la beauté du texte de Molière, son phrasé, son sens du verbe et du rythme mais sous un angle nouveau avec une mise en scène réjouissante et d’une formidable accessibilité. On retrouve des codes du boulevard et de la comedia dell’arte dans l’interprétation d’Alain et Georgette, les deux valets d’Arnolphe, dont les masques et la virtuosité scénique donnent énormément de rythme, de comique de situation et de légèreté face à la violence verbale de leur maître. En utilisant aussi des codes et références très contemporains, leur duo apporte de la fraîcheur à la pièce : chorégraphiés, millimétrés, jouant sur le corps comme sur le verbal, leurs passages cassent les codes habituels et font résonner la langue de Molière avec audace.

Cette scénographie osée ne s’arrête pas là en faisant des clins d’œil appuyés au burlesque par quelques apparitions d’Agnès, tutu et bas noir, qui, avec beaucoup de grâce, mime un automate façon boite à musique : automate mécanique comme symbole à sa propre condition voulue par Arnolphe. Interpretée avec beaucoup d’énergie, d’intensité et de délicatesse, cette pièce se déguste comme un bonbon acidulé à l’humour de Molière qui, avec cynisme et brio, évoque la condition de la femme et sa liberté face au pouvoir des hommes qui cherchent à dominer en contrôlant leur vie.

Très rythmé et enlevé, le spectacle puise dans les trésors d’imagination de sa mise en scène et dans le talent de ses comédiens toute la vivacité qui fait honneur à ce magnifique texte en lui donnant un second souffle de modernité. Une transgression scénique comme un honneur pour la transgression féminine et leur émancipation : un questionnement sociétal on ne peut plus contemporain sans tomber dans la morale.

L'école des femmes
Auteur : Molière
Metteur en scène : Anthony Magnier
Avec Eva Dumont ou Agathe Bourdrière, Mikael Fasulo, Victorien Robert ou Matthieu Hornuss

Dates et lieux des représentations: 

- Jusqu'au 29 mai 2022 au Lucernaire - Paris

 


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